26 avril 2006
Mélançonnerie lituanienne
Vous vous rappelez que dans la cacophonie de la campagne du référendum pour la constitution européenne, le mur du çon (comme dirait notre célèbre et satirique « canard ») avait été allègrement franchi par un député du PS adepte du NON qui avait tenu les propos suivants :
« Vous en connaissez vous des lituaniens ? On en a rien à foutre des lituaniens ! »
J’ai eu depuis l’occasion de faire un tour dans ce nouveau pays membre de la communauté européenne, et je peux vous confirmer les faits suivants :
· Les lituaniens existent (les lituaniennes également !), j’en ai croisé dans les rues, dans les restaurants, sur la route, sur les plages…
· Ils ne sont pas verts et ne portent pas d’antennes sur la tête
· Ils habitent dans des maisons comme les nôtres, ont des routes, des autoroutes et des voitures, mangent dans des assiettes avec des couverts, boivent des boissons sucrées et gazeuses, parfois alcoolisées
· Ils ont des lieux de culte, des écoles, la télévision, des parcmètres, plein de radios FM
· Ils vont le week-end à la plage et se baignent dans la mer en maillot de bain, il y a même des endroits réservés aux nudistes
· Le soir ils aiment investir les terrasses des cafés et restaurants et se promener au bord de la mer en famille
· Il y des garagistes qui ne vous arnaquent pas, même si vous êtes étranger
· Tout comme leurs voisins baltes, ils sont à 100 à l’heure dans le développement et l’ouverture sur l’Europe et le monde (monde plutôt anglo saxon dans lequel la France a peu de place)
· J’ajouterai qu’il m’a semblé que pour eux la France, c’est un peu comme nous la Lituanie, ce n’est pas le centre du monde
Tandis que nous autocontemplons notre modèle social comme une relique à ne pas dépoussiérer, n’oublions pas que d’autres pays plus discrets existent et travaillent à leur réveil d’après communisme et à leur entrée sur le marché mondial. Ces pays ne sont pas des républiques bananières du bout du monde mais nos partenaires de l’Union européenne qui, sachant d’où ils viennent, connaissent peut être mieux que nous la valeur des choses. Petits pays certes, mais pays en plein éveil et dynamisme.
Ainsi tout est relatif et éphémère. Précaire ? :-))
24 avril 2006
Non à la précarité !
STOP !
Non à la précarité !
20 avril 2006
Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre !
Les
temps ont bien changé. Aujourd’hui, il est amusant de voir que l’une des
principales aspirations des adolescents est au contraire d’ÊTRE un numéro. Un
numéro de portable bien sûr ! Un ado sans portable, c’est comme une tribu
sans tam tam, une voiture sans klaxon, une fourmi au milieu d’une
piscine : totalement hors du coup. Certains ne le quittent jamais, de la
chambre au petit déjeuner, de la salle de bains au petit coin, de la table du
repas à
la cave. On les reconnaît dans la rue à leur air penché vers l’avant, ils se déplacent le
regard vide, les yeux convergeant vers un point virtuel situé environ 30 cm au devant, et incliné
d’un angle d’approximativement 30° vers le bas. Parfois une main pataude et de
taille démesurée par rapport à l’engin tente de l’amadouer dans l’espoir
d’enfoncer quelques touches, synonymes de communication en morse. Ou tout du
moins une sorte de morse aux mots un peu plus compréhensibles, et qui a la
particularité d’être un langage à géométrie variable : chacun parle une
langue différente, mais tout le monde se comprend. Il faut dire que la
simplicité des propos échangés aide beaucoup à cette compréhension universelle.
En réalité, une centaine de mots suffisent largement, ce qui réduit un peu la
performance.
On
a ainsi inventé un instrument de rapprochement des personnes lointaines, sans se
douter qu’il avait également le pouvoir d’éloigner ce qui est proche : ceux et celles que nous allons croiser chaque jour.
17 avril 2006
Incantations footballistiques
Je
ne sais pas si vous avez vu la finale de la coupe d’Afrique des nations il y a
quelques semaines (pour les non initiés, je parle de football). La tension
était vive car non seulement l’enjeu était important, mais un pénalty avait été
(injustement il semble) accordé à une des équipes, et le joueur désigné pour le
tir n’avait pas su marquer. Après les 90 minutes de jeu, suivies des
prolongations, le score était toujours vierge et les 2 équipes devaient donc se
départager avec les traditionnels tirs au but. Alors que les tireurs se
préparaient, on a pu assister à des scènes assez surréalistes. Certains joueurs
étaient absorbés dans des monologues et récitaient mécaniquement des prières.
Sur le banc des entraîneurs, un coran était ouvert et une personne du staff le
lisait frénétiquement. La scène a, je pense, tellement surpris le commentateur
qu’il n’a pas osé en dire un mot. Je n’avais encore jamais vu de tels
comportements à un tel niveau (si on peut dire). Certes, on a souvent vu des
joueurs faire des signes de croix avant de rentrer sur un terrain ou de tirer
un pénalty. Mais de là à débarquer avec son livre saint et à le lire sur le
terrain, il y a une marge. Et pourquoi pas bientôt des sacrifices de poulets
derrière la cage du gardien, ou bien l’exigence de ballons de cuir certifiés provenant de bêtes abattues conformément
aux différentes croyances ?
Des
êtres humains s’en remettant à la récitation de phrases pour assurer une
victoire dans un match de football, on croît rêver. Ne sont-ils pas assez fort
intérieurement pour mériter la victoire par leur seul talent ? Leur
faut-il une alchimie supplémentaire pour justifier une éventuelle défaite ?
Quel
dieu, s’il existait, s’intéresserait à un peuple le sollicitant pour de telles
causes ?
14 avril 2006
Faites ce que je dis, pas ce que je fais
Beaucoup de personnes rejettent de façon virulente toute idée de délocalisation des entreprises ou d’une partie de leur personnel. Ces délocalisations sont considérées comme créant du chômage à l’intérieur de nos frontières (jusque là, rien à dire), et source d’exploitation de pauvres malheureux étrangers prêts à tout pour gagner de quoi vivre. Bref, c’est quasiment vécu comme un retour à l’esclavage de populations lointaines (si l’on peut appeler esclavage le fait d’obtenir un emploi généralement payé au-dessus des standards locaux), et comme un mépris de ces travailleurs considérés comme taillables et corvéables à merci, jetables, etc…vous connaissez la ritournelle classique.
Pour qu’une entreprise envisage une délocalisation, il ne suffit pas que ses coûts deviennent moins élevés. Il faut qu’ils soient nettement moins élevés, et ceci sans faire baisser la qualité de service rendue au client (en tout cas, sans trop la faire baisser). Lorsqu’un tel choix est fait, il l’est en connaissance de cause, et finalement cela revient à compenser notre législation souvent rigide en allant chercher ailleurs des modalités plus accueillantes et souples (ce que ne fait que conforter le récent rejet du CPE).
Pourquoi une entreprise va t-elle s’embêter à faire ailleurs ce qu’elle aurait pu faire dans son pays : pour pouvoir être plus concurrentielle, et donc baisser ses prix.
Observez bien les détracteurs des délocalisations lorsqu’ils se rendent dans leur magasin ou leur grande surface préférée. Avant de franchir le portique d’entrée, ils emballent sous un film plastique le grand sac de leurs idéologies et le déposent sagement à la consigne. Puis armés de leur caddie, ils vont rafler tous les produits les moins chers, toutes les promotions du jour dont la plupart sont fabriquées en dehors de nos frontières. Là il n’est plus question de s’apitoyer sur la difficulté des jeunes à trouver un emploi, ni sur la fermeture d’une usine de confection du nord de la France, ni sur le rachat d’une entreprise d’électronique de province par une entreprise asiatique : on remplit le caddie sans état d’âme. Vive la Chine, l’Inde et le Maghreb, c’est un caddie cosmopolite qui arpente les rayons ! Une fois passé à la caisse, on récupère à peine honteux le sac des idéologies soigneusement conservé, et on peut regagner sa voiture l’esprit tranquille, de nouveau prêt à vitupérer haut et fort à la prochaine fermeture d’usine contre tous ces patrons qui s’en sont mis plein les poches au détriment de pauvres salariés qui se retrouvent à la rue.
Ah oui j’oubliais, tout ça c’est bien sûr à cause de nos salaires trop faibles, augmentons les bas salaires et le SMIC de 20%, et on pourra acheter nos produits français ! Vous croyez vraiment que ça marcherait ? Pour leur très grande majorité, les gens achèteraient toujours les mêmes produits importés, mais ils seraient juste plus nombreux à le faire, et leur caddie serait encore plus rempli.
C’est la spécialité française : la bonne conscience et le système D pour soi, les récriminations et les critiques pour les autres !
11 avril 2006
CPE : tout ça pour ça !
Ca y est, le CPE a été retiré. Fin d’un (beaucoup trop long) épisode grand-guignolesque à l’issue duquel beaucoup de protagonistes s’en retournent la queue basse, mais pas tous. Voyons cela de plus près, de la droite vers la gauche :
- Droite : brutale descente aux enfers pour le premier ministre, initialement porté aux nues depuis l’apogée de son intervention à l’ONU avant l’invasion de l’Irak, mais finalement abattu en plein vol par un projet qui n’était pas une mauvaise idée en soi, mais était mal ficelé et mal préparé. L’Elysée s’éloigne, mais tout n’est pas encore perdu, il reste un an et l’opinion est versatile.
- Droite : le grand gagnant est Sarko, qui a utilisé son pragmatisme pour trouver une sortie de crise avec les syndicats et se placer en candidat incontournable de la droite, alors qu’il était pourtant membre de l’équipe perdante (l’UMP).
- Droite : nouvelle chute du président, dont la fin de règne ressemble à un film noir. L’avantage est qu’il ne se représentera pas, ce qui n’était pas évident il y encore 2 ans, bien que son âge le disqualifiait d’office (à mon avis en tout cas). Je pense qu’il ne faut pas, par principe, voter pour un candidat qui atteint un âge de 70/72 ans avant la fin de son mandat. Tout va plus vite maintenant, et s’il faut toujours quelques vieux sages autour de soi, ce n’est sûrement pas directement aux commandes qu’ils tiennent leur meilleur rôle.
- Centre : difficile de voir l’impact sur l’UDF, comme beaucoup critique mais guère constructive.
- Gauche : après une période initiale pendant laquelle le PS, et en particulier son premier secrétaire, a joué sur un registre suicidaire, jetant de l’huile sur le feu et appelant de façon virulente à l’anti-démocratie, tout cela dans un jeu démagogique vraiment lamentable, une seconde période un peu moins populiste et plus raisonnable a suivi. Il était temps. Il est vrai que certains semblent s’être quand même rendu compte de l’énormité de leur erreur et des conséquences dramatiques de leur comportement irresponsable (et disqualifiant pour de hautes fonctions).
- Gauche Madame : très occupée à battre la campagne et le monde pour 2007, au fait, est-elle au courant pour le CPE ?
- Gauche Madame bis : l’apôtre des 35h a été décevante, arc-boutée sur des droits de toutes sortes au détriment de zéro devoir. J’ai même appris avec elle que la formation était un devoir pour une personne en recherche d’emploi afin d’être indemnisée (pour moi c’était éventuellement un droit, les devoirs étant a priori des choses plus contraignantes, mais quand les droits deviennent des devoirs, les jeunes malheureusement deviennent des chômeurs).
- Gauche Mr Fête de la musique : on l’avait oublié depuis des années mais il a monopolisé les antennes radio et TV. Comme on dit : « Chacun dans son champ et les vaches seront bien gardées ». Alors s’il vous plait, cantonnez-vous à la fête de la musique, votre dernière réussite (il y a déjà 24 ans maintenant).
- Gauche nonistes : égaux à eux-mêmes, critiques mais non constructifs, c’est si facile, pourquoi s’en priver ?
- Gauche : seul rescapé dans ce naufrage, DSK, qui a très vite mesuré le risque de dérapage et a su non seulement ne pas jeter d’huile sur le feu, mais aussi faire des propositions sensées pour remplacer le CPE.
- Les extrémistes de tout poil (droite + gauche) : dans leur rôle habituel, irresponsables.
- Etudiants : pour les facs bloquées, c’est à peu près 1 mois de cours qui a été tenu depuis la mi décembre : 2 semaines en janvier avant les partiels, et 2 semaines en février avant les blocages. Avec les vacances de Pâques qui arrivent, cela fait 1 mois de cours sur les 4 derniers mois ! De quoi ternir encore plus si besoin était l’image de certaines formations universitaires, déjà sur le banc des accusés pour leur manque de rythme, l’inadéquation de leurs débouchés, ainsi que leur totale déconnexion avec la vie réelle.
- Syndicats professionnels : c’est une des rares bonnes surprises de ce conflit. Malgré une façade de fermeté, ils ont été souvent plus ouverts à la discussion que certains des précédents cités et d’ordinaire plus modérés. J’ai même entendu un soir un responsable syndical se faire l’apôtre d’un lien plus étroit entre la formation et l’entreprise. J’ai cru à une boutade, mais non, c’était vrai ! Ah si nous avions enfin des syndicats dignes de leur rôle. Il y a tant à faire !
- Syndicats étudiants : affligeant. Il ne me vient pas d’autres mots. Du populisme et du jeunisme à l’état pur. A part pour conforter un futur tremplin pour les ambitions individuelles des leaders, je ne vois pas pourquoi en arriver là. Déconnexion totale avec la réalité ?
- Syndicats lycéens : on suit le groupe, on braille comme les grands devant, on dit des gros mots, éventuellement on casse un peu le lycée voisin, et on est contents.
Et nous ? Une fois de plus (une fois de trop ?), notre image, et donc celle de la France, a été : RIDICULE. On est de plus en plus ridicules. Le monde entier, qui il y a encore quelque temps s’étranglait de rire à nos contorsions, ne réagit même plus. Juste un haussement d’épaules. Comme quand on croise l’idiot du village pour la centième fois alors qu’on part de bon matin pour une belle journée…
Mais la vie continue…
09 avril 2006
Partage de budget (vraie seconde partie du partage de gâteau)
Corsons maintenant le problème. Vous n’avez plus un gâteau mais un budget de 1 million d’euros. Vous devez le partager entre 100 projets qui vont vous être présentés, sachant que pour que l’aide soit significative et efficace, il a été décidé de l’utiliser en 10 bourses de 100 000 € chacune. Les 100 projets sont tous des projets présélectionnés pour leur sérieux et correspondent à un réel besoin sur lequel tout le monde est d’accord. Votre problème est donc : comparer les projets et prendre les 10 meilleurs. Et (surtout) savoir expliquer pourquoi on ne s’occupe pas des 90 autres (cf. post précédent sur l’exhibition de contre exemples).
Vous voilà embarrassé, n’est-ce pas ?
Comment expliquer successivement à des responsables de projets motivés ayant travaillé dur sur leur business plan et dont la cause est tout à fait louable que vous n’allez pas leur donner un centime alors que vous avez une grosse cagnotte d’un million d’euros sous les pieds. Bon courage ! Et surtout bon courage avec l’opinion publique !
Vous allez vous retrouver avec 90 reportages aux infos de 20h à faire s’émouvoir la France entière, avec le chiffre de la cagnotte de 1 million d’euros d’un côté, et vous le grand méchant qui, 90 fois, n’a rien donné. Vous n’y couperez pas ! On parlera à peine des 10 meilleurs projets qui ont été financés, cela n’intéressera personne.
Que faire alors ? Prendre une nième fois son bâton de pèlerin et expliquer, expliquer, et expliquer simplement la situation, à savoir que dans le monde réel lorsqu’on a 100 projets et de l’argent pour 10, il faut faire un choix.
Ce sont des concepts difficiles à appréhender car l’opinion :
- retiendra le rejet de 90 causes sur 100 et non pas le choix des 10 meilleures causes.
- retiendra la non prise en compte de la plupart des bonnes causes alors que l’on a 10 fois la somme nécessaire à n’importe laquelle d’entre elles.
- sera scandalisée de cette approche pragmatique de sujets « tabous à l’approche comptable en France » (attention, le bûcher n’est pas loin).
Ce dernier point est un point de blocage important. Allez expliquer à quelqu’un atteint d’une maladie qu’il faut parfois se poser la question du financement d’examens médicaux ou de traitements, ou qu’il faut peut-être envisager (si ses proches sont d’accord) de « débrancher » une personne dans le coma depuis trop longtemps, qui ne pourrait, dans l’improbable meilleur des cas, plus vivre une « vraie » vie, et qui coûte une petite fortune tous les jours, fortune qui serait probablement mieux utilisée pour d’autres soins, pour d’autres personnes qui elles « vivent ». Vous allez toucher en plein cœur le ressort français de la tartine de la bonne conscience. Sacrilège ! Parler argent pour des soins ! Sus aux patrons et au grand capital ! (désolé, c’est une coquille, cela n’a rien à voir bien sûr !) Non à l’approche comptable !
Tout ça c’est très beau mais ce ne sont que des mots et il y a toujours un moment où il faut mettre les pieds sur terre. La caisse ne se remplit pas comme une citerne de récupération d’eau de pluie les jours d’orage, mais par l’octroi de budgets, financés par chaque citoyen par ses impôts divers et variés. Il faudra un jour expliquer à chaque habitant de notre pays que 1 euro dépensé à un endroit est 1 euro de moins à dépenser ailleurs, bien que cela semble couler de source. La question n’est donc pas : «quelles sont les causes qu’il faut financer quoi qu’il arrive ?» car la réponse à cette question dépasse généralement le budget de départ, mais « comment gérer au mieux GLOBALEMENT le budget qui m’est attribué ? ». Ce n’est sûrement pas en fermant les yeux sur certaines dépenses sous prétexte de tabous divers (la médecine par exemple), mais en équilibrant les charges et les besoins. En France, on refuse de faire ce choix, car on considère d’une part que certaines causes sont indiscutables, et d’autre part qu’on peut toujours trouver de l’argent pour n’importe quoi. Comment ? Mais « il suffit de prendre aux riches, aux entreprises du CAC 40 qui font des bénéfices (ainsi qu’à leurs PDG), et aux actionnaires ! ».
L’approche comptable, même si elle n’est pas sexy, même si elle semble manquer d’humanité, est nécessaire à un moment ou à un autre si l’on veut que les moyens soient répartis au mieux. Et ce quel que soit le sujet.
07 avril 2006
La girouette qui dit non
On ne dirige pas un pays assis sur la girouette des manifestations.
Dans un avion, tous les passagers font confiance au pilote. Personne ne lui reproche de voler à 8000m au lieu de 9000m, ou de ne pas faire de virage à droite lors du survol de Neuilly sur Seine. Le pilote a un cap, il trace sa trajectoire en fonction des routes aériennes, des conditions météos, et des éventuels aléas et retards. Ce qu’on lui demande est de tenir ce cap afin d’arriver à destination dans les délais prévus et dans les meilleures conditions de sécurité. Personne ne va le voir toutes les 5 minutes pour lui demander pourquoi il vient de faire un virage à gauche alors que ce n’est pas exactement la direction. Les passagers ne se promènent pas avec des banderoles en disant « non au virage à gauche, vive le virage à droite », et en menaçant d’organiser un vote d’ici 10 minutes pour élire la plus belle hôtesse de l’air qui remplacera le pilote si celui-ci ne suit pas les recommandations indiquées sur leurs banderoles. Chacun reste à sa place, et on arrive à destination, même si l’on a croisé au passage quelques turbulences.
Exprimer une opinion est une chose. Mais il faut laisser les institutions faire leur travail. Chacun pourra exprimer son mécontentement ou sa satisfaction lors des présidentielles de 2007. Mais il faut comprendre qu’il y a un temps pour le vote, et un temps pour l’action. Que chaque vote a un objectif précis et n’est pas un sondage de popularité d’untel ou untel (cf. la confusion des genres lors du référendum sur la constitution européenne). La démocratie, c’est le pouvoir du peuple à élire ses représentants, pas à les empêcher de travailler lorsqu’ils ont été élus légalement.
Pour conclure, je vous propose ces quelques mots d’Ezra Suleiman (professor of European studies at Princeton) lus dans Time il y a quelques jours, à propos du CPE et du remue-ménage agitant la France : « It’s pure negativism, and that’s typical of today’s France. No one is suggesting what should be done instead to increase employment. It seems like the only solidarity France can find these days is solidarity in negative action. »
Pour les non anglophones, cela donne quelque chose comme : « C’est du pur négativisme, et c’est emblématique de la France d’aujourd’hui. Personne ne propose quoi que ce soit à la place [du CPE] pour créer des emplois. Il semble que la seule solidarité que la France puisse trouver aujourd’hui est la solidarité dans l’action négative. »
C’est dur mais c’est tellement vrai.
04 avril 2006
Un peu de science vaut mieux que beaucoup de dévotion
Cette phrase, issue d’un hadith et donc attribuée au prophète Mahomet, figurait à l’entrée de l’exposition consacrée à l’âge d’or des sciences arabes, visible en ce début d’année à l’Institut du Monde Arabe (Paris). Elle nous rappelle qu’il y a bien longtemps maintenant, les savants arabes furent à la pointe de la science, sachant dans un premier temps assimiler les connaissances laissées avant eux par les grecs, les mésopotamiens et les indiens, puis en réalisant la synthèse et en les développant. Que ce soit dans l’astronomie, la médecine, l’optique, la chimie, la mécanique ou la musique, des découvertes très importantes furent accomplies durant cette période, alors que l’Europe était plongée en plein moyen âge.
L’exposition était remarquable. On pouvait y contempler des astrolabes magnifiques, finement gravés et d’une grande précision, avec l’explication détaillée de leur mécanisme. Un des attraits les plus surprenants était aussi les ouvrages scientifiques d’époque. D’une excellente conservation, leurs gravures comme leurs textes étaient d’une qualité étonnante. Pas une rature, pas un trait de travers, des schémas d’une clarté et d’une netteté oubliées, des dessins d’une extrême finesse, on n’ose imaginer l’application avec laquelle ces livres étaient illustrés (quiconque a des enfants et vu leur cahier d’écoliers sait de quoi je parle !).
On était alors loin de l’obscurantisme de certaines populations actuelles, et ce hadith a une résonance toute particulière dans le contexte de montée de l’intégrisme, synonyme de réduction de l’esprit de réflexion, d’étroitesse imposée, de comportements canalisés dans un fanatisme grégaire. Bien sûr, ceci ne concerne qu’une frange d’un certain islamisme, celle qui prône une sorte de retour au moyen âge à l’entrée du troisième millénaire. Cela laisse rêveur face à l’ouverture d’esprit affichée des siècles auparavant…
Comme quoi il faut veiller à chaque instant à faire avancer la machine dans le bon sens, car le vent de l’histoire peut toujours tourner dans un sens où personne ne l’attend.
Allez, on se la répète encore une fois :
«Un peu de science vaut mieux que beaucoup de dévotion».
01 avril 2006
La cigale et la fourmi
Une fois n'est pas coutume : profitant du 1er avril, j'emprunte la plume d'autrui en vous livrant un texte reçu par mail (et que vous pourrez trouver sur d'autres sites) qui montre que la caricature n'est parfois pas si éloignée de la réalité... (Je précise que j'ai supprimé les 2 dernières phrases du texte original, car l'amalgame qui y est fait me semble dénaturer le propos).
La cigale et la fourmi
VERSION CLASSIQUE
La fourmi travaille dur tout l'été dans la canicule, elle construit sa maison et prépare ses provisions pour l'hiver. La cigale pense que la fourmi est stupide, elle rit, danse et joue tout l'été. Une fois l'hiver arrivé, la fourmi est au chaud et bien nourrie.
La cigale grelottante de froid n'a ni nourriture ni abri, et meurt de froid.
VERSION FRANCAISE
La fourmi travaille dur tout l'été dans la canicule, elle construit sa maison et prépare ses provisions pour l'hiver. La cigale pense que la fourmi est stupide, elle rit, danse et joue tout l'été. Une fois l'hiver arrivé, la fourmi est au chaud et bien nourrie.
La cigale grelottante de froid organise une conférence de presse et demande pourquoi la fourmi a le droit d'être au chaud et bien nourrie, tandis que les autres, moins chanceux, comme elle, ont froid et faim.
La télévision organise des émissions en direct qui montrent la cigale grelottante de froid et qui passent des extraits vidéo de la fourmi bien au chaud dans sa maison confortable avec une table pleine de provisions.
Les français sont frappés que, dans un pays si riche, on laisse souffrir cette pauvre cigale tandis que d'autres vivent dans l'abondance.
Les associations contre la pauvreté manifestent devant la maison de la fourmi.
Les journalistes organisent des interviews demandant pourquoi la fourmi est devenue riche sur le dos de la cigale et interpellent le gouvernement pour augmenter les impôts de la fourmi afin qu'elle paie "sa juste part".
En réponse aux sondages, le gouvernement rédige une loi sur l'égalité économique et une loi (rétroactive à l'été) d'anti-discrimination.
Les impôts de la fourmi sont augmentés et la fourmi reçoit aussi une amende pour ne pas avoir embauché la cigale comme aide.
La maison de la fourmi est préemptée par les autorités car la fourmi n'a pas assez d'argent pour payer son amende et ses impôts.
La fourmi quitte la France pour s'installer avec succès en Suisse.
La télévision fait un reportage sur la cigale maintenant engraissée. Elle est en train de finir les dernières provisions de la fourmi, bien que le printemps soit encore loin.
L'ancienne maison de la fourmi, devenue logement social pour la cigale, se détériore car cette dernière n'a rien fait pour l'entretenir.
Des reproches sont faits au gouvernement pour le manque de moyens. Une commission d'enquête est mise en place, ce qui coûtera 10 millions d'euros.
La cigale meurt d'une overdose ; Libération et l'Humanité commentent sur l'échec du gouvernement à redresser sérieusement le problème des inégalités sociales.
On s'y croirait, non ?