19 juin 2006
Tabou N°3 : le système de santé (1ère partie)
Après l’ISF et l’éducation nationale, voici venu le temps de se plonger dans les affres de notre système de santé dont nous sommes si fiers… Ah, le modèle de santé à la française, le nec plus ultra de la solidarité…
C’est bizarre, vu qu’il nous coûte horriblement cher (bien que d’apparence gratuite), que nous ne sommes pas mieux soignés que dans bien d’autres pays d’Europe, que nous consommons pourtant bien plus de médicaments que ces derniers, que nous sommes les champions du monde de l’arrêt maladie et de la dépression… Pourquoi malgré tous ces échecs sommes nous si fiers de notre système de santé ?
Tout comme l’éducation nationale, commençons par quelques constats. Mais tout d’abord une comparaison que j’espère amusante.
Imaginez qu’il existe près de chez vous un magasin bien achalandé dans lequel sont exposés toutes sortes de produits. Pour acquérir ces produits, nul besoin de sortir son portefeuille, il vous suffit de vous présenter avec un papier tamponné délivré par un prescripteur. Pour avoir ce papier, vous prenez rendez-vous avec le prescripteur que vous voulez, quand vous le voulez, et autant de fois que vous le voulez, et en plus cela ne vous coûtera rien.
On a donc le système suivant :
- Un client peut aller à tout instant gratuitement consulter n’importe lequel des prescripteurs.
- Le prescripteur est rémunéré proportionnellement au nombre de papiers qu’il tamponne et de personnes qui viennent le voir.
- Le client peut emporter gratuitement chez lui chaque objet du commerçant pour autant qu’il se soit procuré le papier avec le tampon correspondant.
- Le commerçant est rémunéré proportionnellement au montant des ventes de ses produits.
Que se passe t-il d’après vous ?
Pas besoin d’avoir fait Polytechnique suivi d’un MBA à Wharton pour comprendre que ce système va droit dans le mur à grande vitesse, et que sa seule situation d’équilibre est une gabegie sans nom.
C’est un système qui s’emballe et tend inexorablement vers une surconsommation et un gaspillage monumental, puisque les trois intervenants, le commerçant, le prescripteur, et le client ont tous les trois intérêt à voir le nombre de papiers tamponnés et le nombre de produits consommés augmenter sans fin (avec en plus un risque de « complicité » et de renvoi d’ascenseur entre le prescripteur et le commerçant).
Le seul problème, c’est qu’on a oublié un des intervenants, et non des moindres. Malgré les apparences, rien n’est gratuit dans ce bas monde, et il faut bien un payeur pour tout ce gaspillage : notre célèbre sécu, alimentée par notre non moins célèbre solidarité nationale, à savoir nous-mêmes.
Comment obtenir une situation d’équilibre dans ce système à plusieurs variables ? L’objectif n’est pas de faire tendre la consommation vers zéro, mais de la faire tendre vers une situation d’équilibre qui soit celle qui permette au client, lorsqu’il en a un réel besoin, de se procurer quasi gratuitement les objets nécessaires se trouvant dans le magasin.
Voyons comment réguler chacun des trois paramètres successivement :
- Le prescripteur (alias le médecin) : on voit tout de suite que le biais découle du fait que sa rémunération est proportionnelle, non pas à l’adéquation de sa prescription, mais au nombre de visites de ses patients, et au nombre de papiers qu’il tamponne. Le remède le plus simple est de forfaitiser en partie sa rémunération, et en tout cas de la décorréler de ces 2 paramètres. Une fois sa rémunération en partie forfaitisée, le médecin n’a plus intérêt à faire du volume, mais de la qualité, car il ne gagne rien de plus à voir des patients pour rien, et il va donc essayer de les voir le moins possible, donc de bien les soigner et de les décourager de revenir sans raison. Reste le nombre de papiers qu’il tamponne. Là il faut mettre en place un système de surveillance des prescriptions par rapport à une norme officielle édictée par les autorités médicales. Une sorte de manuel de procédure à suivre par tous les médecins. Contrôler les prescriptions réalisées avec cette base de connaissances ne pose aucun problème avec les moyens informatiques actuels.
- Le commerçant (alias le pharmacien) : là aussi, le biais découle de sa rémunération proportionnelle au volume de ses ventes. De plus, lorsque la prescription peut être traitée par plusieurs produits équivalents quant au résultat, il aura tendance à choisir celui qui lui rapporte le plus de marge, même s’il est notablement plus cher. Lorsqu’un patient se présente avec le papier du médecin, il devrait pourtant délivrer le produit équivalent le moins cher, à savoir l’équivalent générique. Mais ce serait se fâcher avec certains de ses fournisseurs qui lui offrent de temps à autre les beaux cadeaux dont il raffole…
- Le client (alias le patient) : là, c’est plus d’une prise de conscience dont il s’agit :
- Il ne sera pas mieux soigné avec 2 fois plus de médicaments
- Son médecin a des choses plus importantes à faire que de le voir toutes les semaines plus pour avoir une présence ou être rassuré que par nécessité d’une prescription.
- La solidarité ne fonctionne que si chacun ne fait pas d’abus
- Et enfin, un argument sonnant et trébuchant, car malheureusement c’est bien souvent le seul qui fonctionne, facturer chaque visite au médecin une somme symbolique, mais réelle (ce qui a été fait récemment avec la participation « presque » obligatoire de 1 €).
(à suivre...)
10 juin 2006
Big brother is watching you
Imaginez que notre ministre de l’intérieur annonce demain au journal TV de 20h une mesure révolutionnaire. Il s’agit d’obliger chaque citoyen à porter une puce électronique permettant de l’identifier et de le localiser en temps réel, où qu’il soit sur la planète. En effet, pourquoi confiner le bracelet électronique aux seuls délinquants alors que finalement tout le monde est un délinquant en puissance. Cette mesure aurait beaucoup d’avantages : on pourrait surveiller les allées et venues des gens, surveiller ses adversaires, localiser les députés absents à l’assemblée pour valider leur alibi, démasquer toutes les liaisons adultères, repérer les arrêts maladie se trouvant sur les plages, retrouver les fugueurs et les disparus… En clair : plus besoin de se demander où est Charlie !
Tout cela vous a fait froid dans le dos, et bien sûr vous pensez que ça ne risque jamais d’arriver chez nous, quand on voit déjà tout le raffut créé par ce pauvre petit CPE. Un tel projet aurait de quoi gonfler les ventes de Libé pendant des mois et faire sortir dans la rue tous nos étudiants, même en plein hiver sous la pluie et la neige !
En fait, ça ne risque pas d’arriver dans le futur car cela existe déjà aujourd’hui. Ce système est même totalement accepté et défendu par notre jeunesse pourtant si prompte à réagir à la moindre tentative de fichage. Et ce n’est pas tout : tout le monde est ravi de payer pour ce «flicage», car j’avais oublié de vous le dire, mais en plus tout ceci est payant, et même cher.
Là vous pensez que j’ai abusé du soleil ou que j’ai contracté une maladie rare…
Et bien non, ce produit s’appelle tout simplement le téléphone portable.
Grâce à votre téléphone portable, vous êtes localisé en temps réel avec une précision actuelle comprise entre 100 et 300m en zone urbaine, et entre 400m et 3km en zone rurale. Tout ça à vos frais par votre abonnement à un opérateur privé, et pour bénéficier d’une qualité de communication inférieure à celle du plus banal des téléphones existant il y a 30 ans…
Qui dit mieux dans le paradoxe ?
Serait-ce encore un effet collatéral de la perte de vitesse du fond par rapport à la forme dans nos sociétés ? Comme quoi on peut tout faire gober à nos concitoyens si la forme est alléchante, et réciproquement les détourner par la démagogie de réformes pourtant justes et indispensables.
07 juin 2006
Ségolène : balle au centre
Après s’être tant fait reprocher son silence radio, Ségolène met les bouchées doubles depuis quelques jours. Tout le monde l’attendait au tournant, ses « amis » probablement encore plus que ses adversaires, et on peut dire qu’ils ont été servis. En dehors de l’effet d’annonce, elle est sortie hors des sentiers battus de son parti d’origine. Il est vrai que beaucoup d’électeurs, bien qu’attachés à un modèle social humain et protégé, supportent de moins en moins la langue de bois et le misérabilisme ambiant qui sont de rigueur dans les partis de gauche. C’est clairement ceux-ci, et notamment les classes dites moyennes, qu’elle va tenter de séduire.
Ségolène a l’avantage de la nouveauté, de la « mode » de la féminisation des politiques sur la scène mondiale, il ne lui manquait plus qu’un discours novateur, ou tout au moins faisant abstraction des notions de gauche et de droite, pour aborder les problématiques sans état d’âme et sans (trop d’) arrière pensée. Est-elle annonciatrice d’un PS enfin entré dans le 21ème siècle, ou est-elle plutôt fondatrice en herbe d’un parti tant attendu, ringardisant enfin les notions de droite et de gauche, le parti du réalisme, pour simplement aborder les événements tels qu’ils viennent sans parti pris et sans dogmatique ? On peut toujours rêver…
Vu le conservatisme et le rôle désastreux qu’à eu F. Hollande lors de la crise du CPE, gageons que l’ambiance du couple Royal/Hollande ne soit pas de tout repos dans l’année à venir.
Cruel dilemme pour le PS peut être mis bientôt en position de choix cornélien : renier sa moitié gauche en pariant (gagnant) sur Ségolène, ou fermer ses frontières et se replier sur lui-même en choisissant un autre candidat « éléphant » promis à la débâcle. Dur dur d’être au PS. Après l’envolée du CPE, le réveil est brutal.
En tout cas, cette campagne électorale s’annonce comme la plus passionnante (et la plus fondatrice ?) depuis le duel Giscard-Mitterrand de 1981.
04 juin 2006
Misérabilisme à la française
Je lisais il y a quelques semaines dans « 01 Informatique » un article consacré à l’intégration des informaticiens français dans la Silicon Valley. Il y figurait un tableau listant « les bons réflexes pour s’intégrer ». Leur lecture est amusante, car cette liste énumère – en négatif – les principales caractéristiques de beaucoup de nos contemporains métropolitains. Par exemple, entre autres conseils :
- Adopter une attitude positive. Un trait inhérent à la mentalité nord-américaine : on ne comprend pas les gens qui se plaignent.
- Accepter que tout soit remis en cause du jour au lendemain. Cela suppose d'avoir le goût du risque. Mieux vaut éviter de raisonner en termes de « sécurité de l'emploi » .
- Être dynamique, agressif. Avoir un « esprit entrepreneur » constitue un impératif.
Tout ceci se passe de commentaires.
En France, si vous avez gaspillé vos années de scolarité, êtes devenu ensuite chômeur, vivez seul avec vos enfants, et êtes accessoirement dépressif voire sans papier, vous êtes un anti-héro, que la rue, les associations et les médias bien pensant défendront par tous les temps, plaignant votre « infortune » et votre « malchance », demandant des aides d’urgence à tout va pour colmater le désastre, sans jamais poser les vraies questions : mais comment a-t-il pu faire un tel gâchis pour en arriver là ? et que peut-on faire pour que ces situations n’arrivent plus ? En clair : faire de la prévention, et non pas courir dans tous les coins pour éteindre les incendies que l’on a laissé se déclarer.
Par contre, si vous avez fourni l’effort d’apprendre durant votre scolarité, si vous avez mené une recherche fructueuse d’emploi sans vous décourager malgré les difficultés, si vous avez fondé une famille seulement après vous être assuré que ses fondations étaient solides et que vous étiez en mesure de vous en occuper de façon responsable et autonome, si vous êtes en bonne santé car vous menez une vie équilibrée, et si vous reversez une part non négligeable du fruit de votre travail en impôt, alors vous faites malheureusement partie des « nantis » et serez traînés dans la boue par ceux qui jalousent votre réussite, aussi simple soit elle.