22 novembre 2006
De l’ADN à l’eugénisme
Excellent numéro de « Zone interdite » dimanche soir sur le sujet ADN. Excellent à tous les niveaux : l’originalité du sujet, son traitement fouillé et sans polémique, la diversité des questions soulevées par la technologie des tests ADN. Bravo !
On parle souvent de l’ADN dans un contexte policier de recherche de criminels ou de violeurs, l’intérêt du reportage était de montrer les autres aspects qui s’avèrent à la fois nombreux et surprenants. Comme toute avancée technologique rapide, elle a pris de court la législation et pose des questions à la fois éthiques et judiciaires pas encore bien appréhendées. Entre le père tentant de prouver (illégalement car le test ADN est encore interdit en France hors procédure judiciaire) que l’enfant de son ex amie qui l’a quitté est bien le sien pour pouvoir faire valoir ses droits et reconnaître cet enfant, et la situation inverse où une mère ressurgit brutalement dans la vie d’un homme afin de prouver que cet homme « d’un soir », qu’elle a connu au plus quelques jours et perdu de vue depuis des années, est bien le père génétique de son enfant, ceci à des fins plus ou moins mercantiles de versement de pension, les intérêts sont multiples et pas toujours mus par l’intérêt de l’enfant.
Le thème des enfants nés à partir de dons anonymes de sperme était aussi étonnant. On semble découvrir bien tard que les bébés conçus il y a des années à partir du sperme d’un donneur anonyme ne restent pas toute leur vie des bébés. Ils finissent par devenir des adultes à la recherche de leur moitié génétique inconnue et sont confrontés à l’anonymat que les donneurs ont souhaité conserver. Aux Etats-Unis, ces enfants et jeunes adultes se rejoignent sur des sites internet et y publient la seule information qu’ils connaissent de leur père génétique, son numéro, afin de se découvrir des demis-frères et sœurs ayant le même que le leur. Voire prendre contact avec ce père génétique dans les rares cas où celui-ci accepte de briser son anonymat.
Ces mises en communs ont permis à certains de se trouver plusieurs dizaines de demis-frères et sœurs. La sur utilisation par des organismes peu scrupuleux du sperme d’un même donneur pour la conception d’un grand nombre d’enfants se dévoile ainsi peu à peu, pointant les excès qui ont été commis dans le passé et qui remontent à la surface petit à petit. En effet, contrairement à ce qui se passe en France, le donneur est rémunéré aux USA.
Ce reportage laissait un goût amer : bien que son nom ne fût jamais mentionné, n’assistions-nous pas à un premier pas involontaire et discret vers une sorte d’eugénisme légalisé… ?
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