Chroniques sans tabous sur le monde qui nous entoure

OUI à la précarité... de la vie !

18 janvier 2008

2008, le retour

2008 une nouvelle année démarre et le blog redémarre !

A suivre, donc...

A bientôt !

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22 novembre 2006

De l’ADN à l’eugénisme

Excellent numéro de « Zone interdite » dimanche soir sur le sujet ADN. Excellent à tous les niveaux : l’originalité du sujet, son traitement fouillé et sans polémique, la diversité des questions soulevées par la technologie des tests ADN. Bravo !

On parle souvent de l’ADN dans un contexte policier de recherche de criminels ou de violeurs, l’intérêt du reportage était de montrer les autres aspects qui s’avèrent à la fois nombreux et surprenants. Comme toute avancée technologique rapide, elle a pris de court la législation et pose des questions à la fois éthiques et judiciaires pas encore bien appréhendées. Entre le père tentant de prouver (illégalement car le test ADN est encore interdit en France hors procédure judiciaire) que l’enfant de son ex amie qui l’a quitté est bien le sien pour pouvoir faire valoir ses droits et reconnaître cet enfant, et la situation inverse où une mère ressurgit brutalement dans la vie d’un homme afin de prouver que cet homme « d’un soir », qu’elle a connu au plus quelques jours et perdu de vue depuis des années, est bien le père génétique de son enfant, ceci à des fins plus ou moins mercantiles de versement de pension, les intérêts sont multiples et pas toujours mus par l’intérêt de l’enfant.

Le thème des enfants nés à partir de dons anonymes de sperme était aussi étonnant. On semble découvrir bien tard que les bébés conçus il y a des années à partir du sperme d’un donneur anonyme ne restent pas toute leur vie des bébés. Ils finissent par devenir des adultes à la recherche de leur moitié génétique inconnue et sont confrontés à l’anonymat que les donneurs ont souhaité conserver. Aux Etats-Unis, ces enfants et jeunes adultes se rejoignent sur des sites internet et y publient la seule information qu’ils connaissent de leur père génétique, son numéro, afin de se découvrir des demis-frères et sœurs ayant le même que le leur. Voire prendre contact avec ce père génétique dans les rares cas où celui-ci accepte de briser son anonymat.

Ces mises en communs ont permis à certains de se trouver plusieurs dizaines de demis-frères et sœurs. La sur utilisation par des organismes peu scrupuleux du sperme d’un même donneur pour la conception d’un grand nombre d’enfants se dévoile ainsi peu à peu, pointant les excès qui ont été commis dans le passé et qui remontent à la surface petit à petit. En effet, contrairement à ce qui se passe en France, le donneur est rémunéré aux USA.

Ce reportage laissait un goût amer : bien que son nom ne fût jamais mentionné, n’assistions-nous pas à un premier pas involontaire et discret vers une sorte d’eugénisme légalisé… ?

 


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19 novembre 2006

Ségolène Sarkozy : même combat

La victoire écrasante de Ségolène Royal aux primaires du PS est tout à la fois une surprise et une non surprise. Une surprise car le discours novateur qu’elle a tenu n’a pas pour habitude de plaire aux électeurs du PS. Une non surprise car cette victoire était annoncée par les sondages, même si ceux-ci se trompent souvent.

Ségolène et Sarko ont en fait de nombreux points communs. Certes pas dans les idées, mais dans le bris d’une certaine langue de bois qui nous était infligée depuis des décennies. Avec tous ces sujets interdits et tabous. Interdit de dire que les jeunes de banlieue qui incendient des voitures et cassent des commerces sont des délinquants. Interdit de dire que les professeurs pourraient (devraient ?) assurer 35h de présence au collège. Interdit de dire que de nombreux chômeurs truandent les Assedic. Interdit de dire que la mixité sociale censée être apportée par la carte scolaire c’est du bidon, etc, etc… Chacun dans son domaine a enfin dû quitter les routes balisées de la langue de bois et prendre le risque d’innover, donc de déplaire. Mais le courage semble payer par les temps qui courent.

Après avoir été sous le feu de la rampe ces dernières semaines, le PS va céder la place à l’UMP qui n’a pas encore désigné de candidat. L’organisation d’un débat contradictoire comme celui tenu par les protagonistes socialistes ne semble pas encore prêt à droite, en témoignent les récents sifflets des sympathisants UMP à l’égard de MAM (Michèle Alliot Marie) qui a osé critiquer Sarko lors d’un récent meeting.

Finalement, le discret François Bayrou pourrait tirer les marrons du feu à l’heure du vote, entre une Ségolène répulsive pour la gauche dure, et un Sarko considéré par beaucoup plus homme d’action qu’homme d’état.

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12 novembre 2006

50/50, pour sauvegarder le socle social : application pratique dans le secteur de la santé

Je découvre dans la presse aujourd’hui qu’un assureur bien connu vient de lancer une complémentaire santé comportant des cotisations partiellement remboursables, et fonctionnant d’une manière très similaire au 50/50 dont je vous parlais il y a quelques semaines. L’assuré peut souscrire, moyennant un surcoût de 15% de sa cotisation, à un contrat dans lequel la moitié de cette cotisation est acquise à l’assureur, tandis que l’autre lui est attachée en tant que réserve financière. S’il ne demande aucun remboursement dans l’année, cette réserve lui est remboursée. S’il a effectué des soins, ils sont imputés en priorité sur la réserve et le solde lui est remboursé. Si les soins dépassent la réserve, ils sont bien sûr pris en charge totalement.

L’idée fait donc son chemin, et le principe de la solidarité aveugle laisse peu à peu le champ à la solidarité responsabilisée. Attention cependant à ce qu’elle ne soit pas détournée par une utilisation que les assureurs appellent « l’anti sélection » à savoir dans ce cas que seules les personnes jeunes et bien portantes ne souscrivent ce type de contrat.

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15 septembre 2006

50/50, pour sauvegarder le socle social

Personne ne peut nier l’utilité d’un socle social solide dans notre société. Les partis traditionnels s’accordent tous là-dessus, leurs différences étant situées sur l’étendue de la prise en charge par la collectivité de ce socle : entre la totalité pour certains, avec le risque réel et vécu tous les jours de la déresponsabilisation et des abus, et le minimum pour d’autres pour lesquels il ne faut en aucun cas décourager le travail et l’entreprenariat par des mesures diluant les efforts individuels dans une assistance-perfusion collective.

Force est de constater, et je le constate très régulièrement, qu’une plus grande responsabilisation de chacun est nécessaire. Non seulement des abus sont commis quotidiennement, mais ces abus sont souvent qualifiés pudiquement de « système D » et acceptés par la population qui les trouve quasiment normaux. C’est là que ça ne va plus du tout.

Un exemple récent. Les assistants d’éducation ont des contrats d’une durée d’un an dans les établissements scolaires. Si un assistant a donné satisfaction, son contrat est généralement renouvelé l’année suivante. Et bien un grand nombre de ces assistants, alors que l’établissement souhaite prolonger leur contrat, préfère refuser pour « toucher » le chômage pendant un an aux frais de la collectivité, quitte après cette année d’oisiveté à reprendre un contrat d’un an afin de refaire le plein des droits, et recommencer le cycle « un an de travail, un an d’oisiveté payée ». Ce type de comportement, bien que scandaleux, est très peu critiqué, car on touche au thème de la « débrouillardise » à la française et à son sacro saint système D… Et puis tout cela est parfaitement légal, alors pourquoi pas moi ?

Il faudra bien que chacun comprenne que ces types de comportements, répétés par des milliers de personnes tous les jours, sont les plus grands pourfendeurs de notre protection sociale, bien loin devant les velléités les plus libérales, car il s’attaque insidieusement au cœur même du système, en le pourrissant petit à petit. La protection sociale est faite pour absorber les coups durs toujours possibles dans la vie de chacun, pas pour permettre à un grand nombre de « surfer » volontairement sur les différentes aides de façon à se fatiguer le moins possible ou à s’en mettre plein les poches sans lever le petit doigt.

C’est pourquoi je propose l’idée originale suivante pour traiter la protection contre le chômage, idée que je n’ai jamais rencontrée dans mes différentes lectures : le 50/50, c'est-à-dire couper la poire en deux entre solidarité individuelle et solidarité collective. Les cotisations chômage seraient versées pour moitié dans un « pot » individuel rattaché à la personne cotisante, et pour l’autre moitié dans un « pot » commun géré de façon collective et anonyme comme actuellement. En cas de perte d’emploi, les allocations versées au chômeur proviendraient en priorité de son pot individuel. Si après une période d’inactivité prolongée ce pot devenait vide, c’est alors le pot collectif qui prendrait le relais, selon les règles de couverture en vigueur. Le  pot individuel se remplirait à nouveau progressivement dès la reprise de l’activité (et toujours par moitié). Là où le système prend tout son intérêt, c’est qu’au moment du départ en retraite, les pots individuels non vides seraient acquis à la personne et lui seraient versés sous une forme à définir (capital ou rente).

J’y vois de nombreux avantages :

  • Responsabilisation de chacun sur l’effort de solidarité : en imputant d’abord les allocations versées sur le pot individuel, puis ensuite sur le pot collectif, on responsabilise la personne avec une sorte de franchise individuelle avant intervention de l’effort collectif : franchise n’est peut être pas le bon terme car elle reste gratuite et financée par le pot individuel.

  • En cas de situation de vrai coup dur, la solidarité collective est toujours là et joue son rôle habituel.

  • Les personnes n’ayant pas abusé du système (…) sont récompensées à leur départ en retraite : les sommes du pot individuel non utilisées leur sont reversées, ce qui encourage les bons comportements et décourage les abus en tout genre. Par contre, les sommes du pot collectif ne leur sont pas restituées (de nouveau la solidarité collective).

Quant aux inconvénients, franchement je n’en vois pas vraiment par rapport au système actuel, sinon peut être une gestion un peu plus pointue à faire des différents pots. Mais à l’heure de la convergence des organismes de protection sociale et de leurs systèmes d’information, cela est beaucoup plus simple qu’il y a quelques années.

Je pense d’ailleurs que ce type de système (50/50) pourrait s’appliquer avec bonheur dans d’autres domaines de la solidarité collective, car il en garde tous les avantages tout en apportant une responsabilisation beaucoup plus importante de l’individu face au collectif. C’est je pense une voie novatrice à explorer dans les solutions à mettre en œuvre pour sauvegarder notre socle social.

Qu’en pensez-vous ?

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19 juin 2006

Tabou N°3 : le système de santé (1ère partie)

Après l’ISF et l’éducation nationale, voici venu le temps de se plonger dans les affres de notre système de santé dont nous sommes si fiers… Ah, le modèle de santé à la française, le nec plus ultra de la solidarité…

C’est bizarre, vu qu’il nous coûte horriblement cher (bien que d’apparence gratuite), que nous ne sommes pas mieux soignés que dans bien d’autres pays d’Europe, que nous consommons pourtant bien plus de médicaments que ces derniers, que nous sommes les champions du monde de l’arrêt maladie et de la dépression… Pourquoi malgré tous ces échecs sommes nous si fiers de notre système de santé ?

Tout comme l’éducation nationale, commençons par quelques constats. Mais tout d’abord une comparaison que j’espère amusante.

Imaginez qu’il existe près de chez vous un magasin bien achalandé dans lequel sont exposés toutes sortes de produits. Pour acquérir ces produits, nul besoin de sortir son portefeuille, il vous suffit de vous présenter avec un papier tamponné délivré par un prescripteur. Pour avoir ce papier, vous prenez rendez-vous avec le prescripteur que vous voulez, quand vous le voulez, et autant de fois que vous le voulez, et en plus cela ne vous coûtera rien.

On a donc le système suivant :

  • Un client peut aller à tout instant gratuitement consulter n’importe lequel des prescripteurs.

  • Le prescripteur est rémunéré proportionnellement au nombre de papiers qu’il tamponne et de personnes qui viennent le voir.

  • Le client peut emporter gratuitement chez lui chaque objet du commerçant pour autant qu’il se soit procuré le papier avec le tampon correspondant.

  • Le commerçant est rémunéré proportionnellement au montant des ventes de ses produits.

Que se passe t-il d’après vous ?

Pas besoin d’avoir fait Polytechnique suivi d’un MBA à Wharton pour comprendre que ce système va droit dans le mur à grande vitesse, et que sa seule situation d’équilibre est une gabegie sans nom.

C’est un système qui s’emballe et tend inexorablement vers une surconsommation et un gaspillage monumental, puisque les trois intervenants, le commerçant, le prescripteur, et le client ont tous les trois intérêt à voir le nombre de papiers tamponnés et le nombre de produits consommés augmenter sans fin (avec en plus un risque de « complicité » et de renvoi d’ascenseur entre le prescripteur et le commerçant).

Le seul problème, c’est qu’on a oublié un des intervenants, et non des moindres. Malgré les apparences, rien n’est gratuit dans ce bas monde, et il faut bien un payeur pour tout ce gaspillage : notre célèbre sécu, alimentée par notre non moins célèbre solidarité nationale, à savoir nous-mêmes.

Comment obtenir une situation d’équilibre dans ce système à plusieurs variables ? L’objectif n’est pas de faire tendre la consommation vers zéro, mais de la faire tendre vers une situation d’équilibre qui soit celle qui permette au client, lorsqu’il en a un réel besoin, de se procurer quasi gratuitement les objets nécessaires se trouvant dans le magasin.

Voyons comment réguler chacun des trois paramètres successivement :

  • Le prescripteur (alias le médecin) : on voit tout de suite que le biais découle du fait que sa rémunération est proportionnelle, non pas à l’adéquation de sa prescription, mais au nombre de visites de ses patients, et au nombre de papiers qu’il tamponne. Le remède le plus simple est de forfaitiser en partie sa rémunération, et en tout cas de la décorréler de ces 2 paramètres. Une fois sa rémunération en partie forfaitisée, le médecin n’a plus intérêt à faire du volume, mais de la qualité, car il ne gagne rien de plus à voir des patients pour rien, et il va donc essayer de les voir le moins possible, donc de bien les soigner et de les décourager de revenir sans raison. Reste le nombre de papiers qu’il tamponne. Là il faut mettre en place un système de surveillance des prescriptions par rapport à une norme officielle édictée par les autorités médicales. Une sorte de manuel de procédure à suivre par tous les médecins. Contrôler les prescriptions réalisées avec cette base de connaissances ne pose aucun problème avec les moyens informatiques actuels.

  • Le commerçant (alias le pharmacien) : là aussi, le biais découle de sa rémunération proportionnelle au volume de ses ventes. De plus, lorsque la prescription peut être traitée par plusieurs produits équivalents quant au résultat, il aura tendance à choisir celui qui lui rapporte le plus de marge, même s’il est notablement plus cher. Lorsqu’un patient se présente avec le papier du médecin, il devrait pourtant délivrer le produit équivalent le moins cher, à savoir l’équivalent générique. Mais ce serait se fâcher avec certains de ses fournisseurs qui lui offrent de temps à autre les beaux cadeaux dont il raffole…

  • Le client (alias le patient) : là, c’est plus d’une prise de conscience dont il s’agit :

    • Il ne sera pas mieux soigné avec 2 fois plus de médicaments

    • Son médecin a des choses plus importantes à faire que de le voir toutes les semaines plus pour avoir une présence ou être rassuré que par nécessité d’une prescription.

    • La solidarité ne fonctionne que si chacun ne fait pas d’abus

    • Et enfin, un argument sonnant et trébuchant, car malheureusement c’est bien souvent le seul qui fonctionne, facturer chaque visite au médecin une somme symbolique, mais réelle (ce qui a été fait récemment avec la participation « presque » obligatoire de 1 €).

(à suivre...)

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04 juin 2006

Misérabilisme à la française

Je lisais il y a quelques semaines dans « 01 Informatique » un article consacré à l’intégration des informaticiens français dans la Silicon Valley. Il y figurait un tableau listant « les bons réflexes pour s’intégrer ». Leur lecture est amusante, car cette liste énumère – en négatif – les principales caractéristiques de beaucoup de nos contemporains métropolitains. Par exemple, entre autres conseils :

  • Adopter une attitude positive. Un trait inhérent à la mentalité nord-américaine : on ne comprend pas les gens qui se plaignent.

  • Accepter que tout soit remis en cause du jour au lendemain. Cela suppose d'avoir le goût du risque. Mieux vaut éviter de raisonner en termes de « sécurité de l'emploi » .

  • Être dynamique, agressif. Avoir un « esprit entrepreneur » constitue un impératif.

Tout ceci se passe de commentaires.

En France, si vous avez gaspillé vos années de scolarité, êtes devenu ensuite chômeur, vivez seul avec vos enfants, et êtes accessoirement dépressif voire sans papier, vous êtes un anti-héro, que la rue, les associations et les médias bien pensant défendront par tous les temps, plaignant votre « infortune » et votre « malchance », demandant des aides d’urgence à tout va pour colmater le désastre, sans jamais poser les vraies questions : mais comment a-t-il pu faire un tel gâchis pour en arriver là ? et que peut-on faire pour que ces situations n’arrivent plus ? En clair : faire de la prévention, et non pas courir dans tous les coins pour éteindre les incendies que l’on a laissé se déclarer.

Par contre, si vous avez fourni l’effort d’apprendre durant votre scolarité, si vous avez mené une recherche fructueuse d’emploi sans vous décourager malgré les difficultés, si vous avez fondé une famille seulement après vous être assuré que ses fondations étaient solides et que vous étiez en mesure de vous en occuper de façon responsable et autonome, si vous êtes en bonne santé car vous menez une vie équilibrée, et si vous reversez une part non négligeable du fruit de votre travail en impôt, alors vous faites malheureusement partie des « nantis » et serez traînés dans la boue par ceux qui jalousent votre réussite, aussi simple soit elle.

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23 mai 2006

Chômage dans les cités

J’ai lu il y a quelque temps un article consacré au chômage des jeunes dans les cités qui en avançait une explication (parmi d’autres) dont on entend rarement parler : le manque de réseau professionnel de leurs parents.

En effet, les parents des jeunes des cités, qui sont à 50% des ouvriers, sont beaucoup moins bien insérés dans le monde du travail, en particulier ceux d’origine maghrébine. Le tableau qui suit est éloquent :

Chômage des jeunes dans les cités

Père travaille

Mère travaille

Origine maghrébine

57%

23%

Autre origine

81%

63%

On peut donc en déduire que 33% des jeunes des cités d’origine maghrébine n’ont aucun de leurs 2 parents qui travaille (dans le cas d’un foyer monoparental, j’imagine que la proportion est encore plus forte). Pour ceux d’une autre origine, elle n’est que de 7%, mais la proportion de chômage des parents est quand même nettement supérieure à la moyenne nationale. Ce manque d’insertion de leurs parents et donc de leurs proches dans le monde du travail entraîne une déconnexion des réseaux d’emplois. Or chacun sait que l’influence du réseau est importante, surtout dans le cas d’un premier emploi où l’événement déclencheur qui va permettre au jeune de mettre le pied à l’étrier et d’acquérir une première expérience va souvent être issu d’un membre de la famille, ou va provenir d’une opportunité liée à l’activité professionnelle d’une de ses connaissances (les amis d’amis). Comme les relations se font souvent entre milieux socio culturels similaires, le problème s’en trouve accentué.

De plus, rechercher un emploi ne s’improvise pas, et la technique de recherche, l’assiduité dans le temps, la méthode, la rigueur de la présentation sont facilités par des proches connaissant les contraintes du monde du travail et le B-A-BA de la rédaction d’un CV, de la conduite à tenir au cours d’un entretien, etc… Même si pour un premier emploi, tout cela ne nécessite bien souvent qu’un peu de bon sens et de savoir vivre, ce ne sont pas toujours des réflexes pour certains jeunes. Des comportements basiques comme une bonne présentation, une image dynamique, la ponctualité, les règles de politesse élémentaires ne sont parfois pas connus ou pas considérés comme de nature à jouer un rôle dans la recherche d’un emploi.

Et l’apparente facilité de réussite de certains (stars de la télé, ou tout simplement dealer local) a tout simplement fait oublier qu’une recherche d’emploi se fait sur la durée et ressemble plus à une course d’endurance qu’à un sprint, nécessite une organisation rigoureuse et non pas de l’esbroufe au jour le jour, demande de la ténacité et du mental, et non pas le découragement à la première difficulté. Et aussi, et surtout, de faire le point sur ses échecs et corriger le tir, et non pas en imputer la responsabilité à la terre entière – sauf soi-même bien sûr.

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14 mai 2006

Du speed dating à l’auto-stop

Après 3 chroniques consacrées à l’éducation nationale, changeons nous les idées avec le « speed dating » et l’auto-stop. Comme vous le savez, le speed dating consiste en une série d’entrevues à la chaîne et en temps limité (souvent entre 5 et 10 minutes). Il est utilisé essentiellement pour faire des rencontres et trouver l’âme sœur, mais on voit maintenant le système s’étendre à des salons de recherche d’emploi. Je n’ai jamais pratiqué le speed dating, mais il me rappelle une autre sorte de confrontation que j’ai par contre pratiquée allègrement il y a maintenant quelques années (…), et que j’ai eu de nouveau l’occasion de redécouvrir dernièrement : je veux parler de l’auto-stop.

Quel rapport entre l’auto-stop et le speed dating, me direz-vous ?

Alors que le premier est en nette perte de vitesse depuis maintenant une quinzaine d’années, le second se développe rapidement. Ils ont bien sûr en commun de créer un huis clos forcé entre 2 personnes qui ne se connaissaient pas l’instant d’avant, et qui ne se reverront généralement jamais l’instant d’après. Des instants privilégiés où tout peut se passer. Bien sûr, les conditions de la confrontation diffèrent : une durée très courte pour le speed dating, une sécurité totale (des personnes triées préalablement, une organisation officielle, un lieu public), alors que la durée d’une prise en stop peut aller de quelques minutes…à plusieurs heures, voire plus dans certains cas exceptionnels, tout ceci dans un cadre non sécurisé (un inconnu complet non sélectionné, une circonstance aléatoire, une voiture en pleine nature).

Depuis plusieurs années, notre paranoïa sécuritaire, martelée par les médias 24h/24 (pour ceux qui veulent bien se laisser faire, je le répète), a sonné le glas de l’auto-stop. Il est devenu quasiment marginal, ceux qui lèvent encore le pouce sont scrutés par les automobilistes qui se demandent à qui ils ont affaire : un repris de justice ? Un violeur en cavale ? Un vagabond errant ? Un clochard odorant ? Cette interrogation est d’ailleurs à double sens. Personne n’imagine plus avoir affaire tout simplement à quelqu’un qui souhaite aller d’un point à un autre et qui a choisi ce moyen car il avait le temps de la rencontre, ou tout simplement n’avait guère le choix entre d’autres moyens de transport.

L’avantage de l’auto-stop, c’est qu’il permet de rencontrer des personnes que l’on n’aurait jamais connues sinon, non parce que l’on n’aurait pas eu l’occasion de les croiser, mais parce que nous sommes malgré nous prisonniers de rencontres préprogrammées « socioculturellement parlant ». C’est d’ailleurs à peu près le seul point positif que j’ai retiré de mon service militaire, la rencontre de personnes « improbables ». Il faut avoir vu un de ses collègues de chambrée demander à ce qu’on lui rédige la lettre destinée à sa petite copine pour comprendre vraiment ce qu’est l’illettrisme… D’une voiture à l’autre, vous pouvez passer de la rhétorique quasi intégriste d’un écolo obtus à celle plus vraie que nature d’un lepéniste « et fier de l’être », d’un jeune prof nouvellement affecté dans la région à un militaire en déplacement, d’une mère de famille ayant seulement souhaité vous rendre service à un homme pas très causant vous ayant ouvert sa porte « comme ça » : les assemblages se suivent et ne se ressemblent pas, et vous êtes au milieu de tout cela, vous demandant finalement pourquoi ces personnes si différentes et d’avis si contraires avaient finalement en commun de s’arrêter ce jour là pour vous.

A vrai dire, une telle expérience fait office de réconciliateur de différences, et je vous la conseille occasionnellement (dans les 2 rôles) pour de petits trajets, c’est une formation gratuite à la tolérance qui vous réconcilie avec la nature humaine. Même si le risque zéro n’existe pas, comme pour tout.

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24 avril 2006

Non à la précarité !

Que pensez-vous d’une manifestation contre la précarité ?

Et oui, ne nous voilons pas la face et ne nous laissons pas repaître de cette petite victoire contre le CPE. La précarité n’existe pas seulement dans ce contrat d’embauche des moins de 26 ans, mais elle est insidieusement présente dans les moindres recoins de notre existence. Regardez autour de vous, tout est précaire : le beau temps, la ponctualité des transports, la qualité de la cuisson de la baguette, l’heure de début du film du dimanche soir (20h50 ? 20h52 ? 20h57 ?), l’humeur de la concierge, la fluidité de la circulation, les victoires de l’équipe de France de football, le nombre de jours écoulés depuis votre naissance…

En réalité, une seule chose semble actuellement échapper à la précarité : notre incapacité à relever les défis du monde actuel et à nous adapter, c'est-à-dire à voir les choses en face.

Alors préparons nos bannières, répétons nos slogans, convergeons dans les rues, et clamons tous ensemble :

STOP ! Non à la précarité !

Faisons reculer ce gouvernement incapable de figer une bonne fois pour toutes : le niveau de la mer en Bretagne, les 6 numéros gagnants du loto, le prix du litre d’essence, le pourcentage de reçus au bac, le nombre de niches fiscales, les températures maximales estivales à ne pas dépasser, l’âge de raison, les nombres minimaux et maximaux de litres d’eau de pluie annuelle par mètre carré pour éviter la sécheresse et les inondations, la couleur de la peau, la couleur des yeux, le nombre de papillons au Mexique, le nombre minimal de manifestants nécessaires dans les rues avant de se laisser aller à la démagogie…

Non à la précarité de la vie ! Oui à l’immortalité !

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