Chroniques sans tabous sur le monde qui nous entoure

OUI à la précarité... de la vie !

07 août 2006

Retour de vacances

Partir en vacances a deux attraits : celui de partir, et celui d’être en vacances. Je trouve les deux aussi importants, et lorsque je reprends le rythme habituel à mon retour, j’ai même souvent plus de mal à me faire à l’idée de retour à notre milieu ambiant qu’à celle de fin des vacances (mais ça vous aviez dû vous en apercevoir déjà depuis un moment, j’ai de plus en plus de mal à supporter l’état d’esprit de nos contemporains franco-français). C’est pourquoi les vraies vacances pour moi, c’est forcément dans un contexte différent, et la plupart du temps hors de nos frontières. Et même dans le cas où elles restent métropolitaines, c’est quasi obligatoirement sans médias (pas de télé, de radio, de journaux, de téléphone). C’est ça le vrai luxe aujourd’hui, et en plus c’est gratuit donc autant en profiter.

Le problème, c’est que le retour est difficile. Non pas tellement pour les vacances même si elles ont été formidables, car elles le sont en partie justement à cause de cette aspect éphémère, mais surtout à cause du retour. Les moments les plus difficiles sont le premier contact avec un « homme de la rue », et le premier journal d’informations TV. Vous êtes parti parfois plusieurs semaines et vous vous apercevez que rien n’a changé. Que la conversation dans la rue est  la même. Que la plainte languissante de l’homme de la rue contre le gouvernement, les fonctionnaires, etc… est  la même. Que Claire Chazal vous assène toujours la même désinformation de la même voix monocorde et triste à faire débander une horde d’orangs outans venant d’avaler un conteneur entier de piments. Que l’on vous montre une fois de plus : des explosions avec des morts, un incendie de forêt criminel, un vieux (pardon, un senior) « caniculé », des sans papiers à régulariser sans fin, une hausse des tarifs de toutes sortes, des cartes météos avec des niveaux d’alertes comme si la fin du monde était arrivée, alors que l’on est juste en été et qu’il fait chaud, c’est normal (et la définition de l’été). Bref, on vous donne votre ration quotidienne de concentré d’abrutissor, ce médicament prescrit pour tous et composé d’un mélange de craintes, de stress et de bonne conscience. La dose qu’il faut pour vous faire un peu peur et vous tenir sous contrôle, et celle qu’il faut aussi pour vous donner l’illusion d’être utile (la fausse bonne conscience à la française : SDF, sans papiers, restau du cœur, lutte contre précarité-chômage-sélection, vieux « caniculés », etc, etc…).

C’est déjà insupportable en cours d’année, mais lorsqu’on a arrêté plusieurs semaines, c’est vraiment un choc : l’impression brutale de vivre un roman de science fiction et d’être le témoin d’une vaste entreprise de dictature des cerveaux et de décervelage à grande échelle.

Pour conclure, un exemple d’il y a plusieurs mois vécu lors d’un retour de l’étranger. Je passe la frontière en milieu de nuit et m’arrête peu après dans une station service. Il est 3 heures du matin, je n’ai pas discuté avec un français depuis plusieurs semaines, il n’y a pas d’autres clients et j’ai donc tout le temps d’échanger quelques mots avec le pompiste. Je laisse parler mon interlocuteur. Il embraye aussitôt sur le prix du litre de carburant qui n’arrête pas de monter, sur le gouvernement qui ne veut pas baisser les taxes sur l’essence (mon interlocuteur sait-il que le prix du baril de pétrole a été multiplié par 4 en moins de 4 ans, ce que n’a pas fait le prix du litre à la pompe ?), puis sur les fonctionnaires « qui ne font pas grand chose », avant de râler contre ceux de la sécurité sociale, auprès desquels il a du mal à se faire rembourser (« ils me renvoient des papiers à compléter et il manque toujours quelque chose »). Mais pourquoi donc tous ces papiers ? L’explication ne tarde pas à venir : « j’ai été 2 semaines en arrêt maladie pendant le dernier mois ».

Je repense à la mère croisée cet été à quelques milliers de kms de cette scène, mendiant devant une pharmacie, l’ordonnance à la main, de quoi payer les médicaments prescrits à sa petite fille, debout à ses côtés…

La boucle était bouclée…

Bienvenue en France !

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07 juin 2006

Ségolène : balle au centre

Après s’être tant fait reprocher son silence radio, Ségolène met les bouchées doubles depuis quelques jours. Tout le monde l’attendait au tournant, ses « amis » probablement encore plus que ses adversaires, et on peut dire qu’ils ont été servis. En dehors de l’effet d’annonce, elle est sortie hors des sentiers battus de son parti d’origine. Il est vrai que beaucoup d’électeurs, bien qu’attachés à un modèle social humain et protégé, supportent de moins en moins la langue de bois et le misérabilisme ambiant qui sont de rigueur dans les partis de gauche. C’est clairement ceux-ci, et notamment les classes dites moyennes, qu’elle va tenter de séduire.

Ségolène a l’avantage de la nouveauté, de la « mode » de la féminisation des politiques sur la scène mondiale, il ne lui manquait plus qu’un discours novateur, ou tout au moins faisant abstraction des notions de gauche et de droite, pour aborder les problématiques sans état d’âme et sans (trop d’) arrière pensée. Est-elle annonciatrice d’un PS enfin entré dans le 21ème siècle, ou est-elle plutôt fondatrice en herbe d’un parti tant attendu, ringardisant enfin les notions de droite et de gauche, le parti du réalisme, pour simplement aborder les événements tels qu’ils viennent sans parti pris et sans dogmatique ? On peut toujours rêver…

Vu le conservatisme et le rôle désastreux qu’à eu F. Hollande lors de la crise du CPE, gageons que l’ambiance du couple Royal/Hollande ne soit pas de tout repos dans l’année à venir.

Cruel dilemme pour le PS peut être mis bientôt en position de choix cornélien : renier sa moitié gauche en pariant (gagnant) sur Ségolène, ou fermer ses frontières et se replier sur lui-même en choisissant un autre candidat « éléphant » promis à la débâcle. Dur dur d’être au PS. Après l’envolée du CPE, le réveil est brutal.

En tout cas, cette campagne électorale s’annonce comme la plus passionnante (et la plus fondatrice ?) depuis le duel Giscard-Mitterrand de 1981.

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17 avril 2006

Incantations footballistiques

Je ne sais pas si vous avez vu la finale de la coupe d’Afrique des nations il y a quelques semaines (pour les non initiés, je parle de football). La tension était vive car non seulement l’enjeu était important, mais un pénalty avait été (injustement il semble) accordé à une des équipes, et le joueur désigné pour le tir n’avait pas su marquer. Après les 90 minutes de jeu, suivies des prolongations, le score était toujours vierge et les 2 équipes devaient donc se départager avec les traditionnels tirs au but. Alors que les tireurs se préparaient, on a pu assister à des scènes assez surréalistes. Certains joueurs étaient absorbés dans des monologues et récitaient mécaniquement des prières. Sur le banc des entraîneurs, un coran était ouvert et une personne du staff le lisait frénétiquement. La scène a, je pense, tellement surpris le commentateur qu’il n’a pas osé en dire un mot. Je n’avais encore jamais vu de tels comportements à un tel niveau (si on peut dire). Certes, on a souvent vu des joueurs faire des signes de croix avant de rentrer sur un terrain ou de tirer un pénalty. Mais de là à débarquer avec son livre saint et à le lire sur le terrain, il y a une marge. Et pourquoi pas bientôt des sacrifices de poulets derrière la cage du gardien, ou bien l’exigence de ballons de cuir certifiés provenant de bêtes abattues conformément aux différentes croyances ?

Des êtres humains s’en remettant à la récitation de phrases pour assurer une victoire dans un match de football, on croît rêver. Ne sont-ils pas assez fort intérieurement pour mériter la victoire par leur seul talent ? Leur faut-il une alchimie supplémentaire pour justifier une éventuelle défaite ?

Quel dieu, s’il existait, s’intéresserait à un peuple le sollicitant pour de telles causes ?

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04 avril 2006

Un peu de science vaut mieux que beaucoup de dévotion

Cette phrase, issue d’un hadith et donc attribuée au prophète Mahomet, figurait à l’entrée de l’exposition consacrée à l’âge d’or des sciences arabes, visible en ce début d’année à l’Institut du Monde Arabe (Paris). Elle nous rappelle qu’il y a bien longtemps maintenant, les savants arabes furent à la pointe de la science, sachant dans un premier temps assimiler les connaissances laissées avant eux par les grecs, les mésopotamiens et les indiens, puis en réalisant la synthèse et en les développant. Que ce soit dans l’astronomie, la médecine, l’optique, la chimie, la mécanique ou la musique, des découvertes très importantes furent accomplies durant cette période, alors que l’Europe était plongée en plein moyen âge.

L’exposition était remarquable. On pouvait y contempler des astrolabes magnifiques, finement gravés et d’une grande précision, avec l’explication détaillée de leur mécanisme. Un des attraits les plus surprenants était aussi les ouvrages scientifiques d’époque. D’une excellente conservation, leurs gravures comme leurs textes étaient d’une qualité étonnante. Pas une rature, pas un trait de travers, des schémas d’une clarté et d’une netteté oubliées, des dessins d’une extrême finesse, on n’ose imaginer l’application avec laquelle ces livres étaient illustrés (quiconque a des enfants et vu leur cahier d’écoliers sait de quoi je parle !).

On était alors loin de l’obscurantisme de certaines populations actuelles, et ce hadith a une résonance toute particulière dans le contexte de montée de l’intégrisme, synonyme de réduction de l’esprit de réflexion, d’étroitesse imposée, de comportements canalisés dans un fanatisme grégaire. Bien sûr, ceci ne concerne qu’une frange d’un certain islamisme, celle qui prône une sorte de retour au moyen âge à l’entrée du troisième millénaire. Cela laisse rêveur face à l’ouverture d’esprit affichée des siècles auparavant…

Comme quoi il faut veiller à chaque instant à faire avancer la machine dans le bon sens, car le vent de l’histoire peut toujours tourner dans un sens où personne ne l’attend.

Allez, on se la répète encore une fois :

    «Un peu de science vaut mieux que beaucoup de dévotion». 

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24 février 2006

La Chine

Evidemment, les chinois n’ont pas ce problème. Le processus de décision de leurs gouvernants est radicalement opposé au nôtre. Alors qu’en France il faut, après un travail d’approche assez long, des petites touches successives, des retours en arrière, des pas de côté, des déguisements, des négociations, des compromissions (parfois), des arrêts soudains, tant et si bien qu’on peut rarement assister à la mise en place d’une réforme telle que souhaitée au départ, les chinois ne s’embarrassent pas de tant de préjugés et vont droit au but quels que soient les obstacles et réticences.

Car quel pays a pu avoir l’idée – et l’imposer – d’avoir une seule naissance par famille ? La Chine bien entendu. En réalité, les naissances multiples sont autorisées dans toutes les familles chinoises, mais pour celles qui ne font pas partie des minorités ethniques, les enfants au delà du premier ne sont pas pris en charge par la société. Conséquence : l’école et les soins, pour ne citer qu’eux, ont un coût suffisamment rédhibitoire pour faire une sélection naturelle avec le seul critère de l’argent. De la même façon, avoir un chien est hors de portée du chinois lambda, car son acquisition est très fortement taxée, ce qui fait qu’on en voit très peu en Chine (les mauvaises langues diront que c’est parce qu’ils finissent au fond d’une casserole, mais là, c’est une autre histoire J).

Ce n’est pas une méthode à conseiller, mais elle explique la vitesse incroyable de leur croissance ces dernières années. Croissance sans frein (quoique ceci commence à changer), et sans état d’âme. S’il faut raser des quartiers entiers, on y va gaiement, sans trop de précautions vis-à-vis des populations concernées (cf la disparition des vieux quartiers hutongs). Il doit bien exister un juste milieu entre ces 2 modèles, l’un sclérosé et incapable d’évoluer, miné par des procédures participatives auto-bloquantes, l’autre débridé, sans analyse des effets long terme et de répartition de la croissance sur chacun.

Pour aller d’un point A à un point B, les chinois tracent une ligne droite et foncent, les français se bandent les yeux, tournent en rond sur eux-mêmes 10 fois en se demandant à chaque tour en quoi leur intérêt individuel et corporatiste est concerné, puis freinent des quatre fers, en attendant le prochain ministre qui retirera la réforme avant sa mise en place définitive.

Posté par 2905 à 23:15 - Monde - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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