19 février 2007
Dans le panneau !
Si vous habitez en ville, vous êtes sans doute habitués à ces grands panneaux à affichage digital de quelques lignes, présents aux endroits stratégiques. Ces panneaux, en plus de vous tenir au courant de la date, de l’heure, et éventuellement de la température (histoire de bien vous rassurer des fois que la canicule d’été ou le gel d’hiver vous ait échappé…), vous informent sur l’actualité de votre commune et de votre quartier. Je ne sais pas comment cela se passe chez vous, mais les exemples que je connais sont assez déprimants. Hormis les programmes de cinéma et les éventuels spectacles, on a surtout droit à toutes sortes d’informations passionnantes et vivifiantes : SOS alcoolisme, SOS enfants, SOS femmes battues, SOS SDF, SOS personnes âgées, SOS défense de vos droits, etc… Je me sens presque comme un étranger à lire indéfiniment ces panneaux qui ne s’adressent qu’à une seule tranche de la population, minoritaire, et que l’on souhaite apparemment privilégier dans la communication. A lire jour après jour ces litanies de sous information, régler ses problèmes soi-même, assumer sa vie d’adulte, ne pas se reposer sur la collectivité sans avoir préalablement tout essayé, tous ces comportements de bon sens et responsables en deviennent presque à être considérés comme anormaux. C’est comme si on était dans un pays où seraient tellement vantés les organismes de prise en charge des boiteux que l’on en viendrait presque à avoir honte de faire l’effort de se maintenir en forme.
Il est vrai que les associations de toutes sortes fleurissent tous les jours sur ces types de sujet, abreuvées de tout côté par la bonne conscience démagogique des politiques (de toutes tendances) de la région ou du département. Ces associations cherchent souvent désespérément comment dépenser les sommes importantes qui leur sont allouées, presque à leur tort défendant. J’ai encore vécu récemment l’exemple d’une association recherchant auprès de collectivités et d’établissements scolaires à implanter divers projets à seule fin de dépenser des sommes parachutées dont elle ne trouvait pas d’application. Ou tout au moins si : à force d’organiser des réunions pour trouver quoi faire, le budget finira bien par être dépensé. Mais au moins, on ne pourra pas dire que la municipalité n’a pas versé de budget sur ces sujets. Après, peu importe qu’ils soient utilisés efficacement, et que l’on jauge de leur efficacité avec une analyse postérieure. Non, seule la ligne budgétaire accordée puis consommée compte.
Mais pourquoi s’en étonner alors que l’on entend tous les jours les politiques se battre à coup de chiffres sur les budgets consacrés aux mesures et aux aides, sans jamais en évaluer le retour sur investissement. Pourquoi le feraient-ils d’ailleurs puisque le peuple est tellement rassuré par l’annonce des chiffres qu’il en oublie le résultat. Encore un effet de la bonne conscience…
19 août 2006
Le jeu politique
Ce week-end va sonner le retour de nombreuses personnes dans leur foyer et sonner leur rentrée professionnelle, avant les rentrées scolaire et politique.
Rentrée politique placée sous le signe des manœuvres présidentielles. Le temps de l’observation touche à sa fin, il s’agit maintenant de remporter la première manche, à savoir le droit de participer. Si dans certains partis cela n’est qu’une affaire de routine, il en est d’autres où l’abondance de candidat(e)s rend le passage de cette première étape encore plus difficile que l’élection elle-même !
Puisque l’on parle du PS, diverses stratégies sont possibles. Le candidat du PS est élu démocratiquement par les membres du parti. Certes. Mais faut-il que chaque membre vote en son âme et conscience pour son candidat préféré, ou faut-il qu’il analyse plus globalement la situation pour essayer de favoriser, non pas forcément son candidat préféré, mais celui qui a le plus de chances « d’aller au bout » ?
Au risque de lapalissades, cela implique :
- De choisir le candidat « A » dont on se sent le plus proche de par les idées et les réformes qu’il véhicule
- D’évaluer indépendamment de ce premier choix le candidat « B » qui a raisonnablement le plus de chances de l’emporter au second tour s’il est confronté aux probables candidats de la droite (sans oublier de passer le premier tour…). Pour ce choix, les sondages incessants peuvent éventuellement vous aider (mais gare à la manipulation, vous aurez été prévenus)
- Deux scénarios sont alors possibles :
- Les candidats « A » et « B » sont les mêmes : vous avez de la chance et vous évitez une belle migraine : votez tout simplement pour ce candidat lors des primaires du PS (sans oublier d’y retourner au premier et au second tour des présidentielles !)
- Les candidats « A » et « B » ne sont pas les mêmes. La situation se complique, car il va falloir faire un choix entre le cœur et la raison, les idées et le pragmatisme.
Comment faire ce choix cornélien : voter pour la vision qui se rapproche le plus de vos idées, mais qui a une probabilité plus faible de l’emporter, ou faire des concessions dans votre vision idéale de la société et choisir un candidat du même parti (si la notion de parti a encore un sens) ayant plus de chances de pouvoir mettre en œuvre une vision certes un peu moins proche, mais en tout cas plus proche que celle qui risque de passer en cas d’échec.
Franchement, mais je l’ai déjà dit dans un post précédent, je pense qu’un candidat PS autre que Ségolène a une chance faible de gagner au second tour. Ségolène a un potentiel de nouveauté et d’accroche au centre qui lui permettrait sûrement de l’emporter au second tour. La difficulté pour elle sera de passer les primaires du PS, et aussi d’arriver au second tour car les voix de l’extrême gauche du PS pourront lui manquer au premier tour, contrairement à un « éléphant ».
Comme pourrait dire un Domenech de la politique : l’objectif est d’être là et de gagner au second tour, ce qui se passe avant, ce n’est que la montée en charge et la préparation de cet instant.
Alors : Ségolène ?
08 juillet 2006
Le battement d’ailes d’un papillon…au Togo
Vous connaissez l’histoire du battement d’ailes d’un papillon qui, par la combinaison de ses effets secondaires, déclencherait un ouragan à l’autre bout du monde. C’est un peu ce que l’on a vécu il y a quelques jours avec la coupe du monde de football.
Rappelez-vous vendredi 23 juin à 21h. Des millions de personnes sont installées devant leur TV. L’heure est grave. Après 2 matchs nuls contre la Suisse et la Corée du Sud, seule une victoire avec 2 buts d’écart peut qualifier l’équipe de France de façon certaine pour la suite de la compétition.
A cet instant là, 2 scénarios extrêmes sont possibles :
- Scénario 1 : l’équipe réalise un troisième match quelconque et n’arrive pas à se qualifier pour le tour suivant. On vit un remake de la coupe du monde 2002. Les médias s’en donnent à cœur joie, l’homme de la rue vitupère contre cette équipe de vieux « Quelle idée de rameuter Zidane, Thuram, Makelele, Barthez, ce sont des vieillards repus qui n’ont plus la niaque, d’ailleurs je l’ai toujours dit, place aux jeunes ! », Domenech démissionne, Zidane quitte le football de la pire façon qui soit, ne disputant d’ailleurs même pas son dernier match puisque suspendu ! La France est atone et aigrie, heureusement c’est l’été et les vacances, mais la frustration pointe et on jure que l’on ressortira ses vieilles banderoles revendicatrices dès la rentrée contre ce gouvernement et tous les autres qui portent vraiment la poisse.
- Scénario 2 : c’est la victoire et la qualification pour les 1/8èmes de finale. L’équipe enfin décomplexée du syndrome 2002 se remotive et se ressoude, et les succès se suivent tour après tour jusqu’à la finale, apogée d’un groupe d’anciens et jubilée majestueux des joueurs en fin de carrière. Domenech est encensé et porté aux nues, l’homme de la rue entonne « Quelle bonne idée de conserver ces joueurs d’expérience pour la coupe du monde, d’ailleurs je l’avais toujours dit, il faut des joueurs qui ont roulé leur bosse pour ce type de compétition ! ». Les Champs Elysées sont envahis, et l’on est rassuré de voir que sur les 3 dernières coupes du monde, on en a gagnées 2. Et si c’était une conséquence des 35 heures et du rejet du CPE !
Honnêtement, qu’est ce qui différencie ces 2 scénarios : rien ou presque. Un but marqué ou non dans un match contre le Togo. But qui aurait pu survenir ou ne pas survenir. Qu’un geste furtif dans la surface de réparation ait été commis, un pénalty pour le Togo, et c'était le match nul éliminatoire. Une différence infime. Un battement d’ailes de papillon…apportant la gloire ou la disgrâce…
10 juin 2006
Big brother is watching you
Imaginez que notre ministre de l’intérieur annonce demain au journal TV de 20h une mesure révolutionnaire. Il s’agit d’obliger chaque citoyen à porter une puce électronique permettant de l’identifier et de le localiser en temps réel, où qu’il soit sur la planète. En effet, pourquoi confiner le bracelet électronique aux seuls délinquants alors que finalement tout le monde est un délinquant en puissance. Cette mesure aurait beaucoup d’avantages : on pourrait surveiller les allées et venues des gens, surveiller ses adversaires, localiser les députés absents à l’assemblée pour valider leur alibi, démasquer toutes les liaisons adultères, repérer les arrêts maladie se trouvant sur les plages, retrouver les fugueurs et les disparus… En clair : plus besoin de se demander où est Charlie !
Tout cela vous a fait froid dans le dos, et bien sûr vous pensez que ça ne risque jamais d’arriver chez nous, quand on voit déjà tout le raffut créé par ce pauvre petit CPE. Un tel projet aurait de quoi gonfler les ventes de Libé pendant des mois et faire sortir dans la rue tous nos étudiants, même en plein hiver sous la pluie et la neige !
En fait, ça ne risque pas d’arriver dans le futur car cela existe déjà aujourd’hui. Ce système est même totalement accepté et défendu par notre jeunesse pourtant si prompte à réagir à la moindre tentative de fichage. Et ce n’est pas tout : tout le monde est ravi de payer pour ce «flicage», car j’avais oublié de vous le dire, mais en plus tout ceci est payant, et même cher.
Là vous pensez que j’ai abusé du soleil ou que j’ai contracté une maladie rare…
Et bien non, ce produit s’appelle tout simplement le téléphone portable.
Grâce à votre téléphone portable, vous êtes localisé en temps réel avec une précision actuelle comprise entre 100 et 300m en zone urbaine, et entre 400m et 3km en zone rurale. Tout ça à vos frais par votre abonnement à un opérateur privé, et pour bénéficier d’une qualité de communication inférieure à celle du plus banal des téléphones existant il y a 30 ans…
Qui dit mieux dans le paradoxe ?
Serait-ce encore un effet collatéral de la perte de vitesse du fond par rapport à la forme dans nos sociétés ? Comme quoi on peut tout faire gober à nos concitoyens si la forme est alléchante, et réciproquement les détourner par la démagogie de réformes pourtant justes et indispensables.
18 mai 2006
Coupable…avant l’acte !
Peut-on être jugé coupable de ce que l’on aurait très probablement fait mais que l’on n’a pas encore fait ou pu faire ?
Le procès Moussaoui est maintenant achevé et le verdict est tombé : emprisonnement à perpétuité. La peine de mort a donc été évitée, ce qui n’était pas évident au départ au vu des critères américains. Ce procès était intéressant dans le sens où il posait la question : « Peut-on être condamné pour des actes que l’on n’a pas pu commettre parce que l’on a été arrêté juste avant, ou dans lesquels on a pris une part active dans leur préparation ou leur réalisation sans réellement les commettre ? ». Le jury américain a choisi de ne prendre en compte que les faits réellement commis par l’accusé, et non pas les morts du 11 septembre.
Si vous avez vu le film de fiction « Minority report », une problématique similaire était traitée. Je vous rappelle l’histoire : une ville met au point un système de détection des futurs meurtriers quelques heures avant qu’ils n’agissent réellement. Trois personnages extralucides envoient à un « contrôleur » leurs visions représentant le meurtrier commettant son crime. L’unité spéciale de la police dirigée par ce contrôleur se rue alors à la recherche du présumé coupable de façon à l’appréhender juste avant son passage à l’acte. Tout va pour le mieux et le taux de criminalité se rapproche de zéro, jusqu’au jour où la vision reçue par le contrôleur est la sienne propre, commettant un crime sur une personne qu’il ne connaît pas. Traqué par sa propre équipe, il décide de rechercher sa victime potentielle afin de comprendre le fonctionnement de ce système ainsi que ses tenants et aboutissants, en découvrant à la fois la redoutable efficacité et les dérives… Un moment clé du film est bien sûr sa confrontation avec sa potentielle victime…
On peut aussi étendre l’analogie au comportement de l’opposition gouvernementale en général : peut-on dire n’importe quoi ou se livrer à n’importe laquelle des démagogies sous prétexte que, n’étant pas au pouvoir, on ne peut pas la mettre en œuvre ? L’électeur joue alors le rôle de la police, stoppant de façon anticipée le potentiel fauteur de trouble avant qu’il ne mette en œuvre ses desseins. Il ne reste plus qu’à trouver les trois personnages extralucides… Voyons, c’est évident, cherchez un peu ? Allumez donc votre TV, écoutez votre radio, ouvrez votre journal…
L’électeur dans le rôle d’exécutant des basses œuvres d’une unité spéciale de la police gouvernée par les médias ? L’image est saisissante, vous ne trouvez pas ?
14 avril 2006
Faites ce que je dis, pas ce que je fais
Beaucoup de personnes rejettent de façon virulente toute idée de délocalisation des entreprises ou d’une partie de leur personnel. Ces délocalisations sont considérées comme créant du chômage à l’intérieur de nos frontières (jusque là, rien à dire), et source d’exploitation de pauvres malheureux étrangers prêts à tout pour gagner de quoi vivre. Bref, c’est quasiment vécu comme un retour à l’esclavage de populations lointaines (si l’on peut appeler esclavage le fait d’obtenir un emploi généralement payé au-dessus des standards locaux), et comme un mépris de ces travailleurs considérés comme taillables et corvéables à merci, jetables, etc…vous connaissez la ritournelle classique.
Pour qu’une entreprise envisage une délocalisation, il ne suffit pas que ses coûts deviennent moins élevés. Il faut qu’ils soient nettement moins élevés, et ceci sans faire baisser la qualité de service rendue au client (en tout cas, sans trop la faire baisser). Lorsqu’un tel choix est fait, il l’est en connaissance de cause, et finalement cela revient à compenser notre législation souvent rigide en allant chercher ailleurs des modalités plus accueillantes et souples (ce que ne fait que conforter le récent rejet du CPE).
Pourquoi une entreprise va t-elle s’embêter à faire ailleurs ce qu’elle aurait pu faire dans son pays : pour pouvoir être plus concurrentielle, et donc baisser ses prix.
Observez bien les détracteurs des délocalisations lorsqu’ils se rendent dans leur magasin ou leur grande surface préférée. Avant de franchir le portique d’entrée, ils emballent sous un film plastique le grand sac de leurs idéologies et le déposent sagement à la consigne. Puis armés de leur caddie, ils vont rafler tous les produits les moins chers, toutes les promotions du jour dont la plupart sont fabriquées en dehors de nos frontières. Là il n’est plus question de s’apitoyer sur la difficulté des jeunes à trouver un emploi, ni sur la fermeture d’une usine de confection du nord de la France, ni sur le rachat d’une entreprise d’électronique de province par une entreprise asiatique : on remplit le caddie sans état d’âme. Vive la Chine, l’Inde et le Maghreb, c’est un caddie cosmopolite qui arpente les rayons ! Une fois passé à la caisse, on récupère à peine honteux le sac des idéologies soigneusement conservé, et on peut regagner sa voiture l’esprit tranquille, de nouveau prêt à vitupérer haut et fort à la prochaine fermeture d’usine contre tous ces patrons qui s’en sont mis plein les poches au détriment de pauvres salariés qui se retrouvent à la rue.
Ah oui j’oubliais, tout ça c’est bien sûr à cause de nos salaires trop faibles, augmentons les bas salaires et le SMIC de 20%, et on pourra acheter nos produits français ! Vous croyez vraiment que ça marcherait ? Pour leur très grande majorité, les gens achèteraient toujours les mêmes produits importés, mais ils seraient juste plus nombreux à le faire, et leur caddie serait encore plus rempli.
C’est la spécialité française : la bonne conscience et le système D pour soi, les récriminations et les critiques pour les autres !
29 mars 2006
Partage de gâteau (seconde partie non prévue)
En repensant ce matin à la chronique d’hier soir sur le partage de gâteau, j’ai eu quelques idées complémentaires qui me font la compléter avec une suite non prévue au départ. Hier, j’avais conclu que quelle que soit la méthode utilisée, nous avions d’un côté 90 mécontents et 10 «contents mais sans plus». Je rajoute un 5ème cas de figure correspondant à une nouvelle façon de partager : j’avertis mes 100 visiteurs du lendemain que les 10 premiers arrivés auront droit à une part de ma magnifique pâtisserie.
Examinons plus en détail les comportements probables des 90 recalés et des 10 élus dans chacun de ces cas :
- Béni-oui-oui :
Les 10 élus : trouvent cela juste normal, car leur refuser aurait été très mal perçu (il reste du gâteau et je n’ai droit à rien ?).
Les 90 recalés : trouvent injuste le fait qu’il ne reste rien, mais comme il ne reste absolument rien lorsqu’ils arrivent, cela est un peu moins pénible que s’il restait une part qu’on leur refuserait.
- Clientélisme :
Les 10 élus : trouvent cela normal sans plus, car étant dans un système de renvoi d’ascenseur, c’est ce qu’ils attendent des autres et ce n’est pas spécialement une faveur à leur égard.
Les 90 recalés : vitupèrent contre toutes ces magouilles et le pistonnage en général, bien qu’ils auraient été les premiers à faire de même.
- Hasard (tirage au sort) :
Les 10 élus : sont très satisfaits de leur sort car rien ne les prédisposait à gagner et ils n’ont rien fait de spécial, c’est une véritable bonne surprise.
Les 90 recalés : un peu déçus, mais finalement pas tant que ça, c’est le hasard qui a joué, ils auraient pu gagner après tout : ils auront la chance la prochaine fois.
- Evaluation sur critères se voulant objectifs :
Les 10 élus : sont satisfaits, même s’ils étaient convaincus de l’emporter vu leur talent. Ah quand même, on a fini par reconnaître ma valeur !
Les 90 recalés : à part quelques uns dotés d’une lucidité et d’une honnêteté hors normes, ils ne comprennent pas ce choix, étant convaincus d’être parmi les meilleurs. Ils nourrissent un profond ressentiment.
- Défi (petit concours accessible à tous) :
Les 10 élus : sont satisfaits, ils avaient envie de ce gâteau, ils ont fait un effort en mettant le réveil plus tôt ce matin, et ils ont remporté ce qu’ils voulaient.
Les 90 recalés : ceux qui se sont levés tôt mais pas assez pour gagner sont un peu énervés (mais surtout contre eux-mêmes), les autres avaient décidé de ne pas s’investir donc cela leur importe peu car c’était leur décision qu’ils assument.
Voilà, on a fait le tour des différentes réactions de ces 5 cas de figure (théoriques bien entendu !).
Ce qui m’a surpris en déroulant ça ce matin, c’est de mettre en parallèle :
- Le critère de sélection
- Le degré de satisfaction des 10 élus
- Le degré d’insatisfaction des 90 recalés
On pourrait naïvement penser que plus le critère de sélection est basé sur des faits objectifs, plus le degré de satisfaction des 10 élus soit important, et plus le degré d’insatisfaction des 90 recalés soit faible. En effet, on juge alors la véritable valeur, le véritable mérite de la récompense, et les élus devraient être dans ce cas de figure plus satisfaits que dans les autres cas de voir qu’on les reconnaît enfin, tandis que les 90 recalés, en les supposant dotés d’un recul et d’une sagesse de Jedi, devraient être satisfaits de constater que la vraie valeur a été reconnue, même si ce n’est pas la leur. Ah qu’il est bon de rêver quelques instants dans la journée…
Retour sur terre : comme vous avez pu le constater, ce n’est pourtant pas ce qui se passe généralement dans la réalité. Dans les 5 cas de figures précédents (et avec les hypothèses subjectives que j’ai prises), le degré de satisfaction des élus et d’insatisfaction des recalés ne suit pas cette règle. On a plutôt un classement du type :
Pour les élus (en ordre décroissant de satisfaction) :
- Evaluation objective
- Défi
- Hasard
- Clientélisme
- Béni-oui-oui
Pour les recalés (en ordre décroissant de satisfaction) :
- Hasard
- Défi
- Béni-oui-oui
- Clientélisme
- Evaluation objective
Essayons maintenant de mesurer le degré de satisfaction de notre partage en additionnant les 2 classements précédents. On a, dans l’ordre décroissant de satisfaction :
- Défi et Hasard : 4
- Evaluation objective : 6
- Béni-oui-oui et Clientélisme : 8
C’est assez surprenant à première vue mais pas tant que ça quand on y réfléchit un peu :
- Première surprise, l’évaluation objective, qui semble le meilleur instrument de choix et dont le principe d’équité est normalement partagé par tout le monde AVANT le choix, ne génère pas d’assentiment a posteriori et a un taux de satisfaction assez médiocre.
- Second constat : le béni-oui-oui et le clientélisme, répandus universellement dans nos entreprises et dans organes politiques et syndicaux, sont pourtant ceux qui génèrent le plus grand taux s’insatisfaction dans la population, ce qui pour le coup n’est pas étonnant au vu de l’arbitraire de ces critères. Serait-ce une des causes de ce mal-être français récurrent enraciné dans nos villes et nos campagnes ? Serait-ce la source de toutes ces frustrations qui remontent à la moindre tentative de réforme ?
- Enfin, les 2 méthodes procurant le plus de satisfaction des élus et le moins d’insatisfaction des recalés sont le défi et le hasard. Surprenant vous ne trouvez pas ? Ainsi les 2 méthodes de partage les mieux perçues seraient celles qui ne prennent en compte ni le mérite (= le travail, la compétence), ni la personne (pas de clientélisme). En somme, on a plus de respect et moins de frustration à voir quelqu’un gagner au loto que quelqu’un qui l’a mérité par son travail ou sa compétence. «Mais bon sang mais c’est bien sûr !», voilà d’où provient la distance qu’ont les français avec tous ceux qui réussissent par leur mérite et leur travail, et qui en tirent éventuellement fortune ! Alors que les personnes gagnant de grosses sommes d’argent par pur hasard (le loto), ou par participation à un jeu TV (le défi) sont excommuniées de toute faute et peuvent jouir de leur richesse sur leurs 2 oreilles. Avec même la fierté de la population à leur égard, et aucune frustration ressassée par cette dernière à leur encontre pour n’avoir pas eu «la chance».
Je m’arrête ici bien qu’il y ait encore des tas de choses à dire, mais ce n’est qu’une chronique.
A vous de jouer !
28 mars 2006
Partage de gâteau (première partie)
Voici un problème simple : celui du partage de gâteau. La vie politique y est confrontée tous les jours et cet énoncé apparemment simple est source de frustrations tenaces dans la population.
Imaginez la scène suivante : vous avez un beau gâteau disons pour 10 personnes. La journée commence et des visiteurs sonnent à votre porte. Devant cette magnifique pâtisserie, tous ouvrent des yeux comme ceux du célèbre loup de Tex Avery et en réclament une des parts. Plusieurs cas de figures sont alors possibles, suivant votre comportement :
- Vous ne savez pas dire non et vous offrez une part aux 10 premiers visiteurs du matin, qui s’en retournent satisfaits. Pour les suivants vous montrez le plat vide avec un air condescendant en soupirant qu’avec le peu qu’on vous a donné, vous n’avez pas pu faire mieux (ah ce manque de moyens… !).
- Vous distribuez les 10 parts de façon à les rentabiliser pour le futur (et surtout pour vous-même !) : vos meilleurs amis, votre famille, vos relations qui pourraient un jour vous renvoyer l’ascenseur, etc… Pour les autres, vous recouvrez le plat d’un voile anti mouches afin de ne pas trop montrer ce qui reste, et vous prenez au choix, soit le même air condescendant et le même soupir qu’auparavant, soit un air détaché en parlant d’autre chose.
- Vous confectionnez une urne avec 90 boules noires et 10 boules blanches, et à chaque visiteur, vous lui faites tirer une boule. Si elle est blanche, vous lui offrez une part de gâteau, si elle est noire, vous compatissez à sa malchance.
- Avant que le premier coup de sonnette ne retentisse, vous passez dans votre tête la centaine de personnes qui sont susceptibles de sonner à votre porte aujourd’hui, et vous décidez d’affecter les 10 parts aux 10 qui en ont le plus besoin. Une fois cette liste des 10 constituée, vous vous y tenez quels que soient les apitoiements de vos visiteurs.
Ces 4 façons de partager sont d’apparence très différente. La première est celle du «celui qui a parlé le dernier a toujours raison». La seconde s’apparente au «clientélisme» bien connu. La troisième est un simple tirage au sort et donc le résultat du hasard. Enfin, la quatrième est celle qui semble le plus s’approcher du bon sens et de l’équité. Etant très différentes, on pourrait espérer que leurs effets induits le sont également, et ils le sont heureusement en général.
Et pourtant, vu de l’extérieur, elles sont assez semblables, ce qui est paradoxal. En effet, toutes les 4 vous donneront 90 mécontents prêts à défiler dans la rue. Mais ce n’est pas tout, dans les 4 cas, les 10 personnes qui ont été servies trouveront juste normal de l’avoir été, et elles ne vous en voueront probablement pas une reconnaissance éternelle (et même aucune dans le cas du tirage au sort), sauf si le même partage est susceptible de se reproduire, auquel cas elles vous soigneront un peu pour le futur. Et encore, seulement si la menace de perdre cet avantage pointe vraiment le bout de son nez.
Ce qui est étonnant c’est que la dernière solution, a priori la plus efficace et la plus juste, ne vous empêchera pas d’avoir ces 90 mécontents dans la rue, pas un seul de moins que le «béni oui oui», le clientélisme, ou le tirage au sort.
A suivre la prochaine fois un problème de partage encore plus délicat bien que pratiqué tous les jours à la fois par les politiques et plus généralement par toute personne amenée à faire des arbitrages budgétaires.
13 mars 2006
C’est à cause de l’informatique !
L’arrivée d’un nouvel outil, qu’il soit de type informatique (logiciel) ou technique entraîne dans un premier temps une augmentation de la productivité et de la créativité, car les personnes ont toujours été habituées à travailler sans en avoir son usage. Elles connaissent donc très bien le domaine, le contexte, les tenants et aboutissants, les méthodes, et sont autonomes sur le sujet. Lorsqu’elles disposent soudainement d’un outil plus efficace, leur productivité augmente (après un court temps d’adaptation) car elles peuvent profiter à plein de leur expérience pour en tirer le maximum, tout en conservant en tête les enjeux importants et la compréhension globale du domaine et du résultat à obtenir. De plus, l’absence de l’outil n’a que peu d’impact car elles savent toujours arriver au résultat de façon autonome.
Puis petit à petit, des personnes nouvelles, généralement plus jeunes, qui n’ont jamais travaillé sans cet outil, arrivent sur le sujet. Elles ont besoin de moins de connaissance, de moins de compréhension des problématiques, car l’outil plus performant leur fait une partie du travail et leur masque une partie de la logique du processus.
Au final, après quelques années, la productivité globale personne+outil retombe au niveau d’avant le progrès technique, voire même parfois plus bas, car c’est l’outil qui prend le dessus et guide la personne et non plus l’inverse. Des situations complètement aberrantes peuvent alors surgir. De plus, un risque de dépendance important apparaît car l’outil devient seulement une boîte noire, un presse-bouton. Son absence accidentelle (panne, sinistre,…) peut être alors dramatique, car la personne peut avoir perdu suffisamment de connaissance pour ne plus savoir seule parvenir au résultat.
Un autre effet pervers à ne pas négliger est la déresponsabilisation. Le moindre problème est imputé à l’outil, même si la plupart du temps, il est imputable à sa mauvaise utilisation, voire à l’incompétence pure et simple de la personne : qui n’a jamais entendu la sempiternelle phrase « C’est à cause de l’informatique ! ».
L’outil devient alors le bouc émissaire muet destiné à masquer l’incompétence d’une personne ne maîtrisant plus le domaine dans lequel elle évolue.
06 mars 2006
Manifestation CPE et populisme
On considère que le populisme consiste à flatter, utiliser les bas instincts, voire l’ignorance du peuple, à des fins personnelles, par exemple pour prendre le pouvoir. Lorsque je consulte certains blogs ou forums, je vois de nombreux titres de rubriques ou textes qui font référence au populisme. Pour leur majorité, ce populisme est personnifié par notre Sarko national. Il faut donc lutter contre Sarko. CQFD.
L’exemple du CPE et des manifestations qu’il va engendrer dans quelques heures me semble entrer dans le cadre du populisme. Car qui manifeste contre le CPE ? D’abord les syndicats dont c’est la mission quasi divine de défendre tout ce qui pourrait toucher à l’existant (cf. notre familier cliquet), même si cela est susceptible de créer des emplois. De plus, n’oublions pas qu’un salarié satisfait ne fait pas forcément un bon futur syndiqué (voir à ce sujet l’apparition depuis quelques années des grèves dans le secteur informatique, après 15 années d’âge d’or sans vagues). Que deviendraient nos armées de syndicalistes si tout le monde se trouvait repu ? Il faut perpétuellement convaincre le chaland que vraiment, il se fait arnaquer par ses gouvernants. Ensuite, des étudiants. Beaucoup n’ont jamais été réellement confrontés au monde du travail, mais ils savent quand même mieux que quiconque ce qu’il faut faire pour créer des emplois et les faire se rencontrer avec les hommes et femmes adéquats et formés à cet effet : bloquer les amphis et empêcher les cours. Enfin des lycéens, certes braves et sympathiques, mais encore moins compétents que les précédents sur ce sujet.
Réveiller les lycéens et les étudiants pour les envoyer dans la rue n’est pas difficile. Quelques mots suffisent. Au hasard : Sarko (succès garanti à 95%), précarité (80%), fichage (95%), jetable (85%), sélection (85%), rémunération au mérite (80%), etc... Petite parenthèse : il est particulièrement choquant que le terme "esclavage" ait été utilisé pour le CPE et j'aimerais un jour que des hommes et des femmes qui ont connu l'esclavage et le départ de l'île de Gorée à l'époque de la traite des noirs puissent revenir de l'au delà et expliquer à certains rédacteurs de slogans et de bannières ce que c'est vraiment que l'esclavage... Fin de la parenthèse. Libé a d’ailleurs fourni un bon exemple de ce type de manipulation la semaine dernière en faisant sa « une » au sujet du rapport de l’INSERM, dans un article qui pourrait être montré en exemple dans les écoles : on avait le mot « Fichage » apparaissant en « une », « Sarko » un peu au-dessous, puis plusieurs pages d’articles dans lesquels on ne parlait ni du fameux carnet de fichage (en quoi consiste t-il ? qu’y a t-il dedans ? tout simplement : existe t-il ?), ni de ce qu’allait faire le gouvernement (alias Sarko) à ce sujet (quel domaine d’application ? Quel délai de mise en œuvre ?) : un chef d’œuvre de désinformation avec les 2 gros hameçons (Fichage + Sarko) pour réveiller les derniers endormis qui auraient oublié la manifestation du 7 mars. Soyons clairs : je n’affirme pas qu’aucune réflexion du gouvernement n’ait existé sur ce sujet, je ne parle que du contenu de l’article par rapport à la « une » de la première page.
Tout ça pour dire que le populisme est omniprésent, et pas seulement là où il est de bon ton de le situer.