Chroniques sans tabous sur le monde qui nous entoure

OUI à la précarité... de la vie !

11 septembre 2006

11 septembre 2001/2006 : la chute

Comment échapper aujourd’hui et les jours prochains aux commémorations médiatiques des événements tragiques d’un certain 11 septembre 2001 ? Plusieurs documentaires sont programmés sur différentes chaînes, la plupart ayant d’ailleurs déjà fait l’objet d’une diffusion par le passé.

L’un cependant a retenu mon attention (et était me semble t-il inédit à l’antenne), il s’agit du reportage diffusé hier soir sur M6 et consacré à un sujet passé dans l’ombre, et même carrément tabou aux Etats-Unis : les personnes ayant choisi leur mort ce jour là en se jetant par les fenêtres du World Trade Center.

On estime à 200 le nombre de ces personnes, chiffre très important qui donne la mesure du silence de plomb entourant leur fin « différente ».

Le reportage analysait la réaction médiatique dans les jours ayant suivi le 11 septembre, période pendant laquelle les images des télés américaines étaient centrées sur l’archétype du « héros américain », à savoir le pompier et le sauveteur en général. Tous unis derrière l’emblématique drapeau aux étoiles.

Pas question d’aborder le sujet des « sauteurs », la version officielle sera d’ailleurs que ces personnes ont été éjectées dans le vide à la suite d’explosions ou de chutes malencontreuses, mais en aucun cas par volonté délibérée de choisir leur mort.

Un photographe professionnel ayant pris toute une série de clichés de ces chutes en a découvert une qui résumait parfaitement la tragédie de ces hommes et femmes poussés au bout d’un choix sans issue. Un homme (non reconnaissable) chutant la tête la première, le corps absolument vertical et semblant complètement relâché, comme acceptant totalement ce choix ultime. Cette photo, bien qu’envoyée à l’ensemble des médias américains, ne fut reprise que par un seul journal régional en grand format et en quatrième de couverture. Le tollé qui s’en suivit fit que plus jamais à partir de ce jour ne fut publiée une seule photo en rapport avec ces événements aux Etats-Unis, le sujet étant complètement tabou.

Le suicide n’était pas compatible avec l’image du héros, même dans ce cas extrême où la fin de l’histoire était de toute façon identique pour toutes ces personnes. Une famille refusa de reconnaître dans l’image du « sauteur » un de ces membres, non pas par dissemblance physique (même s’il s’avéra plus tard que cette personne n’était probablement pas le « sauteur »), mais par refus de principe d’accepter un suicide familial dans un milieu latino américain très attaché à la religion.

La plupart de ces personnes se trouvaient dans les étages supérieurs, au dessus des impacts des avions, et n’avaient donc aucune chance de survie ce jour là. Leur seule liberté était le choix de leur fin. La moindre des choses eut été de respecter ce choix.

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11 mai 2006

Tabou N°2 : L’éducation (nationale) : réflexions complémentaires

Sur un tel sujet, on pourrait discuter pendant des heures, mais cela a déjà été fait un million de fois sans grand effet. Voici cependant quelques dernières réflexions :

·         Tutorat : les élèves rencontrant des difficultés doivent pouvoir être encadrés de plus près, et donc avoir certaines heures en groupe restreint, voire très restreint (3 ou 4 élèves pour un enseignant). Ces élèves doivent être suivis par un adulte « tuteur » ou « parrain » qui suit sa progression, l’encourage et le conseille (ce n’est pas forcément un enseignant). En effet, certaines familles sont complètement déstructurées et incapables de tenir ce rôle.

·         Les enseignants les plus compétents et les plus rodés doivent pouvoir être encouragés à avoir les classes les plus difficiles. Pour cela, il faut pouvoir les motiver car ce sont généralement des personnes expérimentées et chargées de famille qui aspirent, ce qui est légitime, à un peu plus de tranquillité en milieu de carrière. Qui voudrait enseigner année après année dans une banlieue difficile sans compensation ? Cela implique de pouvoir différencier réellement les salaires et/ou primes au mérite et à la difficulté de l’affectation.

·         Le lien entre les enseignements reçus et l’activité professionnelle doit être inculqué assez tôt, et un suivi d’orientation personnalisé doit être mis en œuvre tout au long de la scolarité. Ce suivi doit être réalisé par des personnes ayant une forte expérience du monde « réel » du travail (donc pas que des fonctionnaires n’ayant jamais mis les pieds dans une entreprise), et selon un cadre défini à partir de besoins de formation se déclinant selon les besoins nationaux, régionaux, et locaux.

·         Une partie de l’enseignement gagnerait à être standardisée quant au contenu et au mode d’apprentissage, probablement en utilisant les moyens d’aujourd’hui : la vidéo, la TV, internet… Cela permettrait que chacun reçoive un tronc commun dont la qualité serait reconnue et la même pour tout le monde. A ce propos, on peut se demander pourquoi, en dehors de quelques rares émissions de France 5 passant à l’heure où tout le monde dort, il n’existe pas déjà depuis plus de 20 ans des chaînes TV uniquement consacrées à l’enseignement et à la formation. Vu que c’est possible depuis tellement longtemps, vu que cela semble pourtant d’une évidence limpide, et vu qu’on n’en parle jamais, c’est que les forces contraires doivent être particulièrement importantes et le sujet d’un tabou imposant : est-ce un accord tacite des gouvernements successifs avec les lobbies syndicaux ?

·         Les syndicats enseignants doivent évoluer d’urgence. Trop souvent, ils défendent l’indéfendable, encouragent les comportements irresponsables de personnels, et agissent contre l’intérêt des élèves pour leur intérêt personnel (intérêt personnel à la fois pour leur syndicat et pour eux-mêmes). Les syndicats de l’éducation nationale ne doivent pas être ce que les avocats véreux sont à la justice. Ils ont un challenge énorme et passionnant pour les mois et années qui viennent : l’adaptation de l’enseignement au 21ème siècle. Alors qu’ils le prennent en charge et abandonnent leur rôle actuel de défense des incompétences, qui contribue au travail de sape du système éducatif national. C’est de la survie d’un enseignement gratuit et laïque dont il s’agit, et ces représentants syndicaux portent la responsabilité de sa survie.

·         Toujours sur les syndicats, je suis désolé mais lorsqu’on encourage les enseignants à ne pas accepter de prendre en charge le remplacement d’un collègue absent pour une durée inférieure à 15 jours (alors que ce remplacement fait maintenant partie des textes officiels de la loi Fillon), on a affaire à un comportement à la fois irresponsable, non professionnel, dans lequel l’intérêt de l’élève passe une fois de plus au second plan derrière la défense des avantages acquis d’une catégorie du personnel. Dans toutes les entreprises de France, le remplacement d’un collègue absent quelques jours se fait au pied levé, sans compensation salariale obligatoire, dans le souci de continuer à faire « tourner la boutique » jusqu’à son retour et de faire en sorte que l’absence de ce collègue soit la plus transparente possible, ce qui est une marque de respect pour ses clients, son entreprise, et son collègue absent. Alors lorsque qu’on se targue d’être un service public, que l’on est payé grassement pour ces heures de remplacement (tarif supérieur à celui des heures supplémentaires, lui-même déjà supérieur au tarif normal), et que l’on a la responsabilité d’une trentaine d’élèves entre les mains, le fait de refuser les heures est à mon sens une faute professionnelle grave, et en tout cas le signe que l’on se fiche totalement de l’intérêt des élèves.

·         La formation des enseignants doit être revue de fond en comble. L’apprentissage de la pédagogie et de la maîtrise de soi sont fondamentaux. Comme tous les métiers à forte tendance comportementale, certains ne sont pas faits pour ce métier, il faut les en dissuader à temps. Les comportements ne s’apprennent pas comme les verbes irréguliers, c’est beaucoup plus difficile, voire impossible pour certains.

·         Le gâchis des compétences doit cesser. Un professeur agrégé ne devrait pas être autorisé à enseigner en collège. On voit certains agrégés mener une existence tranquille avec un horaire de 15h de cours par semaine. Ils ont de surcroît une rémunération souvent supérieure au personnel de direction de l’établissement, qui a pourtant des responsabilités sans commune mesure et effectue souvent plus de 50h par semaine, tout ceci avec au moins 3 semaines de congés en moins. C’est inadmissible.

·         Le personnel non enseignant n’a pas à être fonctionnaire. Le service public rendu par l’éducation nationale est l’enseignement. Ce n’est pas la cuisine ou l’entretien de locaux. Un agent technique, un cuisinier, un personnel d’entretien, une infirmière qui travaillent dans un établissement scolaire n’ont pas à être fonctionnaires, mais doivent être salariés d’une entreprise privée ayant un contrat avec l’établissement.

·         Enfin, sur le temps de présence forfaitisé dans l’établissement, je précise que même si l’on demandait 35h de présence par semaine au corps enseignant (je suis vraiment naïf !), cela ne correspondrait en fait qu’à une semaine d’environ 27h annualisées, compte tenu des 80 jours (environ 16 semaines) de congés annuels de cette catégorie, à comparer avec les 25 jours de congés du privé. Je mets d’ailleurs quiconque au défi de faire comprendre cela à un personnel de l’éducation nationale. N’oublions pas que le salarié lambda a aujourd’hui entre 25 (de plus en plus rare) à 50 (les meilleurs accords d’ARTT) jours de congés, et que donc ces 80 jours permettent de corriger de temps en temps quelques copies chez soi.

J’arrête sur ce sujet miné de tabous.

Je précise quand même pour ceux qui auraient eu le courage d’arriver jusque là que tout n’est pas noir, je me suis volontairement concentré sur les points négatifs pour titiller là où ça fait mal et où il faut agir. Il existe des tas de personnels dévoués et compétents, et c’est pour eux que j’écris ces lignes, afin qu’ils aient enfin une chance d’être reconnus et valorisés pour leur travail et leur compétence. Qu’enfin leur mérite soit reconnu ! Tout ceci au bénéfice de la qualité de l’enseignement et de la réussite des élèves, ce qui est, ne l’oublions pas, le but in fine.

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08 mai 2006

Tabou N°2 : L’éducation (nationale) : propositions

A partir des constats énoncés la dernière fois, voici quelques propositions brutes de fonderie qui découlent de cette réflexion évidente qu’enseigner, c’est un métier, et que donc cela doit être géré de manière professionnelle :

1.       Alterner les enseignements sous 3 formes différentes et complémentaires,  les 3 tiers :

·         1/3 cours magistraux traditionnels

·         1/3 cours, exercices et approfondissements par des moyens audiovisuels (dans l’établissement ou en dehors sur des chaînes TV)

·         1/3 suivi personnalisé (dont tutorat) et vérification des acquis en petits groupes

Cela apporte de nombreux avantages :

·         Une partie de l’enseignement est standardisée, d’une qualité certaine, et indépendante du niveau de l’établissement et de l’enseignant (syndrome du « mauvais » établissement, du prof « nul » ou absent). On fait un pas vers un socle minimum de qualité de l’enseignement, quel que soit sa ville ou son quartier et, pour une fois, en le nivelant par le haut.

·         Les cours en audiovisuel peuvent être visionnés dans l’établissement ou chez soi, à des heures où habituellement les enfants ou adolescents sont souvent tentés de regarder la télévision, ce qui propose une alternative à ces heures où souvent les enfants sont laissés à eux-mêmes et pas forcément pressés de réviser ou faire leur travail du jour (lorsque celui-ci n’est pas purement et simplement interdit par les textes !).

·         Ayant moins d’heures de cours magistraux, les enseignants peuvent, sans en avoir à augmenter leur nombre, s’occuper de plus petits groupes l’après midi, et réellement suivre les élèves le nécessitant, ce qui responsabilise encore plus l’élève mais aussi son professeur.

Ceci serait applicable dès le primaire où un ordinateur apporterait un support vraiment méthodique et logique à l’apprentissage de la lecture, tordant enfin le cou à la fameuse « méthode globale » qui a fait tant de dégâts (je peux en témoigner personnellement dans mon entourage !) et a été responsable de nombreux échecs ultérieurs, l’apprentissage de la lecture étant la base de tout.

2.       Forfaitiser les heures de présence des enseignants dans l’établissement, et non pas leurs heures de cours

Ce point est fondamental. Il faut enfin sortir du carcan des 18h de cours au collège pour les professeurs certifiés, et des 15h de cours pour les agrégés, avec ensuite un retour au plus vite chez soi, sans compter avec le lundi ou le vendredi qui leur sont très souvent libérés…sur leurs demandes insistantes lors de la constitution des emplois du temps… Les enseignants doivent effectuer un forfait d’heures de présence dans l’établissement, heures pendant lesquelles ils peuvent donner un cours, s’occuper d’un petit groupe, assister à des réunions de concertation entre enseignants, s’occuper de projets, être à la disposition des élèves qui le souhaitent pour un approfondissement, et corriger des copies s’ils n’ont pas d’autres activités prévues ce jour là. Les copies n’ont d’ailleurs pas vocation à être corrigées entièrement pendant les heures de présence. Ce temps obligatoire dans l’établissement faciliterait grandement la coopération des enseignants, la mise au point de projets et d’objectifs communs, la concertation, la présence et le conseil auprès des élèves en dehors des cours… Inutile de dire que de telles évolutions sont difficiles à envisager avec nos piètres syndicats actuels… !

3.       Donner une large autonomie de gestion aux chefs d’établissement

Les chefs d’établissement sont des chefs d’entreprise. Ils doivent avoir le pouvoir de gérer leur personnel. Cela implique qu’ils recrutent, évaluent, et puissent se séparer le cas échéant de :

·         Leurs enseignants

·         Leurs personnels techniques et administratifs

·         Le chef d’établissement doit pouvoir se séparer d’un enseignant ou d’un personnel technique ou administratif ne donnant pas satisfaction. Après un certain nombre d’affectations non satisfaisantes, cet enseignant pourrait être « radié » définitivement et ne pas simplement être affecté dans un autre établissement au soleil. Trop d’enseignants aujourd’hui ne sont manifestement pas fait pour ce métier qui a évolué. Ces personnes doivent sortir du circuit.

·         Le personnel enseignant doit être rémunéré au mérite, ce qui permet de motiver les bons enseignants ainsi que ceux qui choisissent des affectations difficiles, et d’abandonner enfin cette notation administrative bidon dans laquelle tous les professeurs sont « excellents ». Ce n’est pas vrai. Il y a des excellents professeurs, mais aussi des moyens, et aussi des nuls. Or on ne le dit pas souvent, ces derniers non seulement enseignent mal, mais sont aussi (et surtout ?) la source de la plupart des problèmes de discipline qui déstabilisent un établissement, ne sachant pas « tenir » leur classe.

La prochaine fois, la fin de cette chronique sur l’enseignement.

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02 mai 2006

Tabou N°2 : L’éducation (nationale) : constats

ATTENTION…TABOU… ATTENTION… TABOU…

L’éducation a besoin d’une remise à plat TOTALE et non plus de rustines. Il est impossible d’aborder ce sujet mammouthesque en une seule chronique, aussi je vais commencer aujourd’hui par dresser quelques constats :

  1. On enseigne en 2006 de la même façon qu’en 1906, dans une salle de classe avec un professeur debout devant un tableau et en face d’un parterre d’élèves assis avec des cahiers et des crayons, sensés rester captivés par l’orateur. Cela a-t-il encore un sens ? Est-ce exclusivement le mode d’acquisition des jeunes d’aujourd’hui ?

  2. Tous les cours se suivent et se ressemblent, quels que soient les élèves, leurs facilités/difficultés, leur désir d’apprendre, leur maturité, leur contexte familial. Le manque de souplesse, d’adaptation et de suivi/tutorat des jeunes est flagrant.

  3. Les enseignants ont trop souvent une démarche de travail de moyens et non pas de résultat : c’est 18h de cours (traduites trop souvent en 18h de présence au collège) quoi qu’il arrive ! Toute activité supplémentaire ponctuelle hors des heures de cours fait l’objet d’âpres négociations  (heures supplémentaires) ou est carrément refusée (hostilité syndicale sur tout dépassement des 18h par semaine). Les exceptions (et j’en connais !) se reconnaîtront.

  4. La cellule familiale des jeunes est de plus en plus éclatée. Divorce et chômage vont souvent de pair et créent des situations dramatiques. Le spectacle de parents chômeurs, ne se levant pas forcément le matin lors du départ à l’école, n’est pas fondateur d’une confiance dans l’avenir et donc dans l’utilité de l’éducation.

  5. Les tentations hors scolaires sont très fortes (dizaine de chaînes TV, dizaines de radio FM, musique portable MP3, films DVD/DivX à voir à la maison, jeux sur ordinateurs et consoles, internet, chat…), surtout lorsque les parents sont absents ou travaillent.

  6. La sélection et la formation des enseignants ne correspondent plus à la réalité à laquelle ils sont confrontés : en primaire et au collège, on a souvent plus besoin dans une classe de pédagogues bien dans leur peau que de têtes bien pleines d’études universitaires mais dépressifs.

  7. Les chefs d’établissement n’ont pas les pouvoirs suffisants pour la gestion de leur école, collège ou lycée. Ce devrait être des chefs d’entreprise. Ils devraient avoir une autonomie importante sur la gestion de leur personnel et de leurs moyens.

  8. Aujourd’hui, il est concrètement difficile d’encourager la compétence et le dévouement des personnels, tout autant que de décourager l’inverse. C’est le nivellement par le bas.

  9. L’école, le collège, le lycée, doivent-ils être les seuls lieux d’enseignement, ou des vecteurs complémentaires doivent-ils les accompagner ?

  10. Le monde professionnel apparaît opaque aux élèves (et aux professeurs !), les métiers sont mal perçus, tout comme le lien entre les études et un secteur professionnel. Une cartographie réaliste des métiers et des débouchés doit être établie et expliquée, et des conseillers d’orientation mieux formés aux réalités de l’entreprise.

La prochaine fois, la suite avec les propositions possibles.

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09 avril 2006

Partage de budget (vraie seconde partie du partage de gâteau)

Corsons maintenant le problème. Vous n’avez plus un gâteau mais un budget de 1 million d’euros. Vous devez le partager entre 100 projets qui vont vous être présentés, sachant que pour que l’aide soit significative et efficace, il a été décidé de l’utiliser en 10 bourses de 100 000 € chacune. Les 100 projets sont tous des projets présélectionnés pour leur sérieux et correspondent à un réel besoin sur lequel tout le monde est d’accord. Votre problème est donc : comparer les projets et prendre les 10 meilleurs. Et (surtout) savoir expliquer pourquoi on ne s’occupe pas des 90 autres (cf. post précédent sur l’exhibition de contre exemples).

Vous voilà embarrassé, n’est-ce pas ?

Comment expliquer successivement à des responsables de projets motivés ayant travaillé dur sur leur business plan et dont la cause est tout à fait louable que vous n’allez pas leur donner un centime alors que vous avez une grosse cagnotte d’un million d’euros sous les pieds. Bon courage ! Et surtout bon courage avec l’opinion publique !

Vous allez vous retrouver avec 90 reportages aux infos de 20h à faire s’émouvoir la France entière, avec le chiffre de la cagnotte de 1 million d’euros d’un côté, et vous le grand méchant qui, 90 fois, n’a rien donné. Vous n’y couperez pas ! On parlera à peine des 10 meilleurs projets qui ont été financés, cela n’intéressera personne.

Que faire alors ? Prendre une nième fois son bâton de pèlerin et expliquer, expliquer, et expliquer simplement la situation, à savoir que dans le monde réel lorsqu’on a 100 projets et de l’argent pour 10, il faut faire un choix.

Ce sont des concepts difficiles à appréhender car l’opinion :

  • retiendra le rejet de 90 causes sur 100 et non pas le choix des 10 meilleures causes.

  • retiendra la non prise en compte de la plupart des bonnes causes alors que l’on a 10 fois la somme nécessaire à n’importe laquelle d’entre elles.

  • sera scandalisée de cette approche pragmatique de sujets « tabous à l’approche comptable en France » (attention, le bûcher n’est pas loin).

Ce dernier point est un point de blocage important. Allez expliquer à quelqu’un atteint d’une maladie qu’il faut parfois se poser la question du financement d’examens médicaux ou de traitements, ou qu’il faut peut-être envisager (si ses proches sont d’accord) de « débrancher » une personne dans le coma depuis trop longtemps, qui ne pourrait, dans l’improbable meilleur des cas, plus vivre une « vraie » vie, et qui coûte une petite fortune tous les jours, fortune qui serait probablement mieux utilisée pour d’autres soins, pour d’autres personnes qui elles « vivent ». Vous allez toucher en plein cœur le ressort français de la tartine de la bonne conscience. Sacrilège ! Parler argent pour des soins ! Sus aux patrons et au grand capital ! (désolé, c’est une coquille, cela n’a rien à voir bien sûr !) Non à l’approche comptable !

Tout ça c’est très beau mais ce ne sont que des mots et il y a toujours un moment où il faut mettre les pieds sur terre. La caisse ne se remplit pas comme une citerne de récupération d’eau de pluie les jours d’orage, mais par l’octroi de budgets, financés par chaque citoyen par ses impôts divers et variés. Il faudra un jour expliquer à chaque habitant de notre pays que 1 euro dépensé à un endroit est 1 euro de moins à dépenser ailleurs, bien que cela semble couler de source. La question n’est donc pas : «quelles sont les causes qu’il faut financer quoi qu’il arrive ?» car la réponse à cette question dépasse généralement le budget de départ, mais « comment gérer au mieux GLOBALEMENT le budget qui m’est attribué ? ». Ce n’est sûrement pas en fermant les yeux sur certaines dépenses sous prétexte de tabous divers (la médecine par exemple), mais en équilibrant les charges et les besoins. En France, on refuse de faire ce choix, car on considère d’une part que certaines causes sont indiscutables, et d’autre part qu’on peut toujours trouver de l’argent pour n’importe quoi. Comment ? Mais « il suffit de prendre aux riches, aux entreprises du CAC 40 qui font des bénéfices (ainsi qu’à leurs PDG), et aux actionnaires ! ».

L’approche comptable, même si elle n’est pas sexy, même si elle semble manquer d’humanité, est nécessaire à un moment ou à un autre si l’on veut que les moyens soient répartis au mieux. Et ce quel que soit le sujet.

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01 avril 2006

La cigale et la fourmi

Une fois n'est pas coutume : profitant du 1er avril, j'emprunte la plume d'autrui en vous livrant un texte reçu par mail (et que vous pourrez trouver sur d'autres sites) qui montre que la caricature n'est parfois pas si éloignée de la réalité... (Je précise que j'ai supprimé les 2 dernières phrases du texte original, car l'amalgame qui y est fait me semble dénaturer le propos).

La cigale et la fourmi


VERSION CLASSIQUE

La fourmi travaille dur tout l'été dans la canicule, elle construit sa maison et prépare ses provisions pour l'hiver. La cigale pense que la fourmi est stupide, elle rit, danse et joue tout l'été. Une fois l'hiver arrivé, la fourmi est au chaud et bien nourrie.

La cigale grelottante de froid n'a ni nourriture ni abri, et meurt de froid.

VERSION FRANCAISE

La fourmi travaille dur tout l'été dans la canicule, elle construit sa maison et prépare ses provisions pour l'hiver. La cigale pense que la fourmi est stupide, elle rit, danse et joue tout l'été. Une fois l'hiver arrivé, la fourmi est au chaud et bien nourrie.

La cigale grelottante de froid organise une conférence de presse et demande pourquoi la fourmi a le droit d'être au chaud et bien nourrie, tandis que les autres, moins chanceux, comme elle, ont froid et faim.

La télévision organise des émissions en direct qui montrent la cigale grelottante de froid et qui passent des extraits vidéo de la fourmi bien au chaud dans sa maison confortable avec une table pleine de provisions.

Les français sont frappés que, dans un pays si riche, on laisse souffrir cette pauvre cigale tandis que d'autres vivent dans l'abondance.

Les associations contre la pauvreté manifestent devant la maison de la fourmi.

Les journalistes organisent des interviews demandant pourquoi la fourmi est devenue riche sur le dos de la cigale et interpellent le gouvernement pour augmenter les impôts de la fourmi afin qu'elle paie "sa juste part".

En réponse aux sondages, le gouvernement rédige une loi sur l'égalité économique et une loi (rétroactive à l'été) d'anti-discrimination.

Les impôts de la fourmi sont augmentés et la fourmi reçoit aussi une amende pour ne pas avoir embauché la cigale comme aide.

La maison de la fourmi est préemptée par les autorités car la fourmi n'a pas assez d'argent pour payer son amende et ses impôts.

La fourmi quitte la France pour s'installer avec succès en Suisse.

La télévision fait un reportage sur la cigale maintenant engraissée. Elle est en train de finir les dernières provisions de la fourmi, bien que le printemps soit encore loin.

L'ancienne maison de la fourmi, devenue logement social pour la cigale, se détériore car cette dernière n'a rien fait pour l'entretenir.

Des reproches sont faits au gouvernement pour le manque de moyens. Une commission d'enquête est mise en place, ce qui coûtera 10 millions d'euros.

La cigale meurt d'une overdose ; Libération et l'Humanité commentent sur l'échec du gouvernement à redresser sérieusement le problème des inégalités sociales.

On s'y croirait, non ?

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22 mars 2006

C’est dieu qui l’a voulu

Changement de terrain aujourd’hui pour une incursion sur le territoire souvent miné des croyances. J’emploie le terme « croyances », certains parlent de religions ou de sectes, mais je préfère parler de croyances car on y croit ou on n’y croit pas, mais rien ne peut faire basculer d’un côté ou de l’autre, sinon le simple fait de décider de basculer.

Peut être avez-vous déjà entendu l’expression « C’est dieu qui l’a voulu » à propos d’une mauvaise nouvelle, d’un cataclysme, d’un fait divers. Elle peut être entendue dans la bouche de parents déboussolés par le comportement de leur adolescent versant dans la délinquance et la violence. Cette phrase anodine me semble plus grave qu’il n’y paraît et elle rejoint un thème qui m’est cher : celui de  la déresponsabilisation. Tout ce qui peut arriver de mal sur terre, en partie voire en totalité par notre faute, peut être simplement effacé par le coup de baguette magique : «c’est dieu qui l’a voulu». Entre nous soit dit, s’il a vraiment « voulu » ceci, c’est que ce n’est pas un dieu épatant, et il y en a peut être un meilleur à essayer !

Parfois, c’est la situation inverse : le dieu est jugé responsable des bonnes nouvelles, et l’état ou les autorités locales responsables de toutes les mauvaises. J’ai vu il y a quelques mois un fait divers qui se passait outre atlantique. Des personnes avaient été prises au piège dans une mine. Soudain, il a été annoncé par les autorités que toutes avaient été secourues et étaient saines et sauves. Une femme parente de victimes fut interviewée et laissa échapper sa joie en remerciant son dieu à tout rompre, le jugeant unique responsable de cette bonne nouvelle. Malheureusement, il s’est avéré quelques heures plus tard que ce n’était pas vrai et que les personnes n’avaient pas survécu. La même femme interviewée s’en prit alors aux autorités en les jugeant responsables de cette catastrophe. Et pourquoi pas son dieu cette fois ci ? Etait-ce un dieu aux 35h ayant achevé sa semaine ? Quoi qu’il en soit, c’est à vous décourager de jouer les secouristes de mineurs ensevelis !

Nous voilà en pleine déresponsabilisation : on n’est pas responsable de ses actes puisque « c’est dieu qui l’a voulu ».

Qui arrivera enfin à expliquer à nos contemporains que ce qui leur arrive est dû à 80% à ce qu’ils décident par leurs propres actes tous les matins, et que l’état et/ou leur dieu ne se partagent que des miettes ? Alors au lieu de manifester et de vous entretuer pour les 20% minoritaires, soignez et développez les 80% qui vous gouvernent, c'est-à-dire vous-mêmes. Soyez fiers de vos succès et apprenez de vos échecs, mais surtout, surtout, n’en imputez aucun, qu’il soit succès ou qu’il soit échec, ni à l’état, ni à votre éventuel dieu. Et enfin, last but not least, vivez en harmonie avec vos contemporains et votre planète !

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16 mars 2006

Tabou N°1 : l'ISF

Je voudrais aborder un thème actuel en ces temps de montagnes russes sur la mise en place du CPE. Il s’agit des fausses bonnes mesures et des effets induits (sujet déjà effleuré dans un post précédent). Je prendrai 4 exemples, que je développerai dans 4 chroniques. Et puisqu’il faut bien commencer, mon premier exemple sera aujourd’hui l’ISF.

Abordez le sujet de la suppression de l’ISF et vous êtes sûr de soulever des cris horrifiés de la part de beaucoup de gens dits bien pensant. Raisonnement classique : les riches ont plein d’argent (rien que ça, c’est déjà louche, ils ont dû exploiter des travailleurs, voire les réduire en esclavage), donc puisqu’ils ont plus d’argent que nous, ils n’ont qu’à nous en donner. A priori, cela pourrait sembler cohérent, prendre aux riches pour donner aux pauvres a toujours fait recette (cf.  Robin des bois). Sauf que les riches de l’époque de Robin des bois exploitaient les pauvres de l’époque, ce qui n’est plus tout à fait le cas, c’est même parfois l’inverse, avec des entrepreneurs motivés et générateurs d’emplois d’un côté, et des salariés pas trop stressés, voire malheureusement parfois des flemmards assistés de l’autre. Rappelons qu’un contribuable est redevable de l’ISF si son foyer fiscal comporte un patrimoine supérieur à 750000€. Cela peut paraître beaucoup, mais avec la hausse récente de l’immobilier, un appartement de 100m2 vaut facilement 400000€ voire plus, et un couple qui travaille ayant passé la quarantaine se retrouve facilement taxé, au moment même où ses enfants entament la période de leurs études. D’autant plus que la barrière des 750000€ concerne le patrimoine du foyer fiscal, donc la somme du patrimoine de Monsieur et du patrimoine de Madame. Première remarque donc : les taxés sont surtout des foyers, certes plutôt aisés, mais à 10000 lieues de « la fortune » que suggérait le « F » de ISF.

On sait que cet impôt ne rapporte pas grand-chose par rapport à ce qu’il coûte en recouvrement, et que s’il est maintenu, c’est surtout parce qu’il est un symbole tabou inexpugnable. Il n’existe d’ailleurs à peu près nulle part ailleurs.

Voyons maintenant ses effets induits. Qui cet impôt va faire fuir ? D’abord les personnes les plus exposées, ce sont celles qui ont réussi dans leur vie professionnelle ou leur création d’entreprise, entraînant des créations d’emplois multiples, et qui sont donc les moteurs de notre croissance et de notre solidarité sociale. Ensuite des personnes qui n’ont rien fait de spécial mais qui sont simplement riches (fortune familiale, héritage, loto…). Se séparer de la première catégorie est bien dommage car c’est la couche de la société qui crée de la valeur, du dynamisme et des emplois dans notre pays. Se séparer de la seconde est moins grave mais embêtant quand même car un riche consomme là où il habite, et c’est dommage de ne pas pouvoir en profiter localement.

On a donc fait une mesure qui n’a quasiment aucun avantage, beaucoup d’inconvénients, mais c’est un tabou de parler de sa suppression. Effectivement, si l’on ne regarde pas plus loin que le bout de son nez, cela semble un scandale de vouloir supprimer cet impôt. Et pourtant les faits induits par une simple analyse des impacts démontrent largement l’inverse.

Alors que fait-on ? On raisonne ou on moutonne ?

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13 février 2006

L’effet cliquet

Ceci m’amène naturellement à parler d’un phénomène de nouveau franco-français. Vous connaissez tous le cliquet et son célèbre effet. Le cliquet permet, une fois une position acquise difficilement, de bloquer tout retour en arrière, ce qui permet de reprendre des forces en attendant de « progresser » de nouveau un peu plus tard. De fil en aiguille, on atteint une position chaque fois plus haute, bien que l’on sente confusément que tout cela doive s’arrêter un jour (« les arbres ne montent pas jusqu’au ciel »).

Supposons qu’un responsable d’entreprise annonce à ses salariés :

  • « L’an dernier, notre entreprise a fait 10 millions d’euros de bénéfice, nous allons les redistribuer entre tous les salariés » : là, tout le monde applaudit et se dit que la réussite de l’entreprise est aussi la sienne propre, à laquelle il a participé, c’est normal qu’il engrange, en plus de son salaire, un bonus non négligeable et bien mérité.

Supposons maintenant qu’il annonce l’année suivante :

  • « L’an dernier, notre entreprise a fait 10 millions d’euros de perte, nous allons les « redistribuer » entre tous les salariés » : là, les visages sont un peu plus crispés, et je doute que le responsable de l’entreprise passe un agréable moment…

On retrouve de tels comportements dans d’autres secteurs. Un exemple typique est l’agriculture. Les conditions climatiques sont parfois capricieuses, ce qui amène des années de sécheresse, de gel tardif, d’inondations, d’épidémies, etc… En cas de sécheresse par exemple, il est d’usage de réclamer une compensation financière pour équilibrer le manque à gagner par rapport à une année dite « normale ». Laquelle de ces 2 assertions avez-vous entendu le plus souvent (peut-être comme moi n’en avez-vous jamais entendu qu’une seule !) :

  1. « Cette année, les conditions climatiques ont été exécrables (gel tardif, sécheresse, maladie,…), nous demandons donc à bénéficier d’une aide exceptionnelle pour en compenser le manque à gagner. »

  2. « Cette année, les conditions climatiques ont été remarquables : notre production a été supérieure de 20% à la normale, d’où un excès de nos recettes par rapport à nos prévisions. Nous en profitons pour mettre de côté ce surplus de recette, de façon à alimenter un fonds nous permettant de faire face à des années futures qui pourraient être moins favorables. »

Pourtant, certains assument le risque dans les 2 sens. C’est ce que font par exemple les actionnaires, considérés comme d’abominables privilégiés et prédateurs sans âme (ce qui est malheureusement parfois vrai pour cette seconde assertion, mais n’enlève rien au fait qu’ils assument, eux, les 2 faces du marché…). Il y a de bonnes et de mauvaises années boursières, et il ne vient à l’idée de personne (quoique certaines affaires récentes de procès de particuliers peuvent apporter sur ce point quelques réserves) de réclamer à l’état le remboursement de ses pertes lorsque le CAC 40 a baissé d’une année sur l’autre. Le CAC 40 prend 20%, j’empoche les bénéfices, il perd 20%, je demande le remboursement de mes pertes. Ça doit être cela « faire de l’argent en dormant » ! C’est le paradis, non ?

C’est ça aussi l’effet cliquet, on garde les bénéfices pour soi quand tout va bien, et on appelle à l’aide quand tout va mal. Et au fait, qui appelle t’on à l’aide dans ces moments-là : ceux que l’on critique habituellement à longueur d’année…

Posté par 2905 à 22:54 - Tabous - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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